Débats sur le service minimum

Avec les grèves entreprises par la SNCB, c’est tout le débat sur le « service minimum » qui revient sur la table. Les journaux relayent des polémiques ressassées mille fois (voir aussi Le Soir). Les blogs ne sont pas en reste, et rapportent des tribunes d’opinion plus clairement orientés idéologiquement : ainsi par exemple Des Bulles de François.

J’ai le malheur ou le bonheur de n’avoir pas encore une idée clairement formulée – à défaut d’être définitivement arrêtée – sur la question du service minimum. À tout le moins, cette dernière suscite une interrogation profonde ; elle se fond en un dilemme qui semble a priori extrêmement pointilleux à résoudre de manière satisfaisante. Je voudrais donc simplement partager deux réflexions pour alimenter le débat.

1. En tant qu’usager très régulier des transports en commun, il m’est arrivé à de multiples reprises de me trouver dans des situations inconfortables suite à des grèves intempestives. Ce qui m’amène à procéder à une distinction à laquelle je me suis déjà livré antérieurement ; il existe des grèves sauvages et des grèves licites. Je veux dire par là, comme je m’en suis déjà ouvert, que le droit de grève est précisément un droit ; qu’en sa qualité de droit, il est nécessairement assorti de devoirs.

À partir de là, la grève me pose nettement moins de problèmes, dès lors que les conditions légitimes d’exercice en sont respectées. Concrètement, il s’agit d’annoncer le mouvement social dans les règles et de permettre à l’usager de s’y adapter. Bien entendu, cela n’est pas toujours facile ; ainsi d’une grève consécutive à une agression, visant à réclamer des mesures de protection, qui aurait lieu une semaine après ladite agression. Quelle en serait la pertinence?

1. Aujourd’hui, toute grève dans les transports en commun (principalement) s’accompagne de débats plus ou moins virulents sur le service minimum. C’est, on le sait, une mesure réclamée de longue date par les libéraux. En ma qualité d’usager, bien sûr, un tel service minimum présente immanquablement des attraits, si je me situe dans la pure logique de l’individu rationnel. En ma qualité d’être social, je me demande toutefois si des exceptions intangibles au droit de grève ne conduisent pas à faire de ce dernier une option subsidiaire, et ainsi à le vider de son contenu?

Le noeud gordien du débat est ici, cher lecteur, et sans vouloir te décevoir, il ne m’appartient pas de le trancher. Pour autant, je constate – de la manière la plus neutre possible – une médiatisation importante de ces fameux débats sur le service minimum qui accompagnent toute grève dans les transports en commun. Et je m’interroge. D’une certaine guise, relayer ces débats, n’est-ce pas leur faire droit? Le simple fait de s’en faire l’écho ne conduit-il pas à légitimer la question du service minimum et, par là, à renforcer sa crédibilité?

0 réflexion sur « Débats sur le service minimum »

  1. La vraie question qui se pose – et que l’on retrouve rarement dans les débats – c’est quel est ce service minimum ? Qu’entend-on par là et quelle substance donner à cette notion ? Bien que n’étant pas vraiment leur meilleur avocat (loin s’en faut, car je suis également un usager assidu), les syndicats ont, à mon sens, raison : c’est irréalisable. Irréalisable si l’on veut assurer un service minimum toute la journée et sur toutes les lignes. Toutefois, une autre option pourrait être d’obliger à assurer un service public aux heures de pointe (6h-9h / 16h-19h) afin que les travailleurs et étudiants puissent se rendre à leur travail/école. Mais ce n’est qu’une idée préconçue, je suis incapable d’en jauger la faisabilité technique. Au moins, cette idée peut-elle susciter le débat.

  2. Le truc, c’est qu’en conditionnant le droit de grève, et surtout en le retirant des heures où la population en a le plus grand besoin, on réduit fortement l’impact de la grève.
    C’est un peu comme si on autorisait le droit de grève aux heures qui arrangent tout le monde:
     » Alors oui pas de problèmes pour une grève entre 23h30 et minuit et ce, toutes les fois que vous voulez… »
    On devrait présenter cette solution aux syndicats pour voir leurs têtes…

    Sinon, il est vrai qu’il est injuste que la grosse majorité soit prise en otage par les services publiques pour des faits qui ne concernent qu’un minorité infime. C’est une solution bazooka, qui pour ma part, galvaude l’action gréviste. Parce qu’un grève vise en effet un progrès social, mais à force de l’utiliser trop souvent, l’opinion publique perçoit de moins en moins les revendications comme légitimes mais doute du bienfondé des grèves en général. C’est pour cela, selon moi, que le débat ne cesse d’enfler.

    L’excès de grève nuit à la grève elle-même, mais à plus long terme.

  3. Une grève une fois tous les trois-quatre ans, avec un préavis de trois semaine, permettant à tout le monde de prévoir des solutions alternatives, je suis d’accord, on peut le tolérer.
    Les grèves sauvages des camarades des dépôts de Charleroi ou La Louvière, non. Une connaissance québéquoise me rappelait récemment qu’au Québec, les responsables d’une grève sauvage, dans le pire des cas, sont passibles de prison ! Le Canada n’a pourtant pas la réputation d’être un pays anti-syndicats et encore moins anti-social.

  4. @ Cédric :

    Tu soulèves la bonne question et peut-être un moyen terme entre un service minimum intégral qui viderait de sa substance le droit de grève, et un droit de grève qui paralyse tous les usages, pourrait être dégagé. Beaucoup de réticences idéologiques évidemment sur ce genre de dossier!

    @ Gilles :

    Tu as entièrement raison aussi. Il y a deux points de vue difficilement conciliables, celui du gréviste et celui de l’usager, chacun agissant selon sa logique propre. Peut-être les pistes avancées par Cédric permettraient-elle un socle minimal de mobilité en commun tout en atteignant pour une bonne partie l’objectif de la grève.

    Ce qui est très vrai, c’est que ces grèves sont tellement médiatisées et emmerdent tellement de monde qu’elles sont complètement contre-productives, les syndicats devraient avoir la finesse de s’en rendre compte. La plupart des usagers ressentent très mal ces mesures. C’est un débat que j’ai déjà eu à propos des TEC Liège : pourquoi l’ensemble du personnel ne s’arrangerait-il pas pour déclarer ouvertement la gratuité des transports en commun pour un jour ou une semaine? Plus de vente de tickets, mais les trains roulent et la garantie que les voyageurs ne seront pas contrôlés… De quoi faire bisquer les patrons tout en roulant?!

    @ Jean-Yves

    C’est également un nœud crucial du débat : je l’ai dit et répété. Une grève, oui, mais dans le respect des règles. C’est essentiel et ceux qui militent pour préserver ce droit doivent se rendre compte des obligations qui président à son exercice. Le problème, c’est qu’allez-vous en, en Belgique, déclarer une grève illégale… A mon avis, ce serait bardaf!

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