Le libre marché de l’immigration

Dans cet article, je voudrais relayer une réflexion en trois temps proposée par Marcel Gauchet dans son ouvrage La religion dans la démocratie (Gallimard, 1998 – édition poche, 2002). C’est une réflexion en trois temps sur la société de marché qui s’intéresse, au détour d’une note de bas de page, aux politiques migratoires. Je la relate ici sans prise de position personnelle, mais pour susciter un débat autour de cette question qui m’a interpellé et qui se trouve actuellement sous les projecteurs de l’actualité, consécutivement au suicide d’un Camerounais au centre fermé de Merksplas (voir ici, ici, ou encore ).

1. Le titulaire de droits est aussi un porteur d’intérêts. C’est-à-dire que les droits individuels sont tenus pour légitimes par eux-mêmes et irréductibles par principe. L’autorité, dans cette optique, se borne à veiller au respect des règles qui garantissent la coexistence pacifique et la compétition loyale entre les individus. Dès lors, l’intérêt général ne peut se concevoir que comme la résultante a posteriori du libre concours des intérêts particuliers (pp. 116-117) ;

2. Il réside dans ce phénomène une reviviscence de l’idée de marché : sur base de ce statut politique de l’acteur individuel, cette idée fonctionne comme un modèle général des rapports sociaux. Ce modèle dépasse très largement le strict jeu économique, selon Gauchet, pour régir l’ensemble de la vie sociale. Il s’agit là d’un « phénomène intellectuel » (or, aujourd’hui, ce modèle du marché est véritablement en train d’être intériorisé, d’être réapproprié par chacun sur un plan individuel) (p. 118) ;

3. Là, Gauchet émet une réflexion que je livre in extenso (nbp. 1, p. 118) : le modèle du marché représente donc un phénomène intellectuel « déjà fort remarquable. Je ne vois pas de meilleur signe de cette pénétration de l’idée de marché dans une acception généralisée que sa reprise par les pires ennemis de l’idée de marché dans l’ordre économique, au titre de la régulation des mouvements de population. Les mêmes qui continuent de vilipender l’anarchie capitaliste et les horreurs de l' »ultra-libéralisme » en sont aujourd’hui à plaider par ailleurs pour la totale ouverture des frontières et la libéralisation des flux migratoires, qui ne manqueraient pas de déboucher à terme sur un état d’équilibre. Les bonnes causes ont de ces ruses« .

Cette critique est-elle couramment véhiculée? Quelle pertinence lui attribuer? Quels contre-arguments y apporter?

Plus d’infos sur l’actualité belge : la revue de presse concoctée par Arrêt sur Images (télécharger le pdf ici).

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