Archives mensuelles : mai 2008

La vérité sur le Pouvoir d’Achat

Débats schizophréniques dans les médias de ces derniers jours. Le thème est celui qu’on ressasse de manière chronique, à la suite de la France, depuis un bon bout de temps : le Pouvoir d’Achat (je maintiens les majuscules). Qu’en est-il réellement ?

Mes notions d’économie me font dire que l’expression « pouvoir d’achat » désigne la capacité nette de dépense des particuliers, une fois qu’il a été tenu compte de l’inflation. Il s’agit donc de mesurer cette capacité sur une échelle temporelle, en établissant une base comparative solide et pertinente.

Pour autant, sous l’impulsion d’une certaine presse, cette expression qui parle directement aux « gens » (ce sont des mots très percutants, « votre pouvoir d’achat ») a été largement galvaudée au point d’en acquérir la majuscule, sorte d’entité métaphysique plus tellement discernable, leitmotiv irrationnel, chef de file des « vrais problèmes des gens ».

Cher lecteur, vous aurez compris mon malaise : quelle réalité recouvre exactement la chute abyssale – à tout le moins alléguée – du Pouvoir d’Achat?

À vrai dire, ô déception!, je n’ai pas la réponse à cette question et je crois que je ne suis pas le seul dans le cas. En témoignent ces articles parus à deux jours d’intervalle dans la presse, (La Libre et Le Soir) qui semblent souffler le chaud et le froid, soit que leurs bases comparatives divergent, soit que leurs conclusions fassent l’objet d’interprétations radicalement différentes.

Exemple tiré du site du Soir (cliquez pour agrandir) : n’y a-t-il pas une contradiction dans le fait de s’effaroucher d’une inflation galopante comme jamais (titre de l’article) et, dans le même temps, de renvoyer à un article qui annonce que la vie était plus chère avant (colonne de droite) ?

Update : les graphiques sur Medium4You

Ladies and Gentlemen, le Telectroscope !

Le télétroscope c’est une oeuvre d’art monumentale dont le concept est tout simplement génial. Un tunnel relie en direct Londres à New-York. Tunnel virtuel, s’entend. À l’aide d’une connection vidéo en temps réel, les curieux Londoniens sont en connection directe avec leurs homologues de Manhattan. En scrutant le fond du tunnel, c’est l’autre bout du monde qui vous observe !

Grandiose !

Plus d’infos sur le site du Telectroscope.

À Londres, un tunnel mystérieux…

Un coup d’œil dans la pénombre …

Et c’est l’autre bout du monde qui apparaît en direct !

NB : en 2015, on pourrait adapter cette invention entre Liège et Mons…

Liège 2015 : la particratie a parlé !

Ce n’est un secret pour personne, j’assistais hier soir aux débats publics du conseil communal de la Ville de Liège. Deux points devaient toucher à la candidature de Liège au titre de capitale européenne de la culture en 2015 : une motion de l’opposition appuyant cette candidature et un protocole de la majorité visant à soutenir la candidature de Mons. Le conseil communal s’est prononcé contre Liège 2015, majorité contre opposition. Le conseil communal s’est prononcé pour Mons 2015, majorité et MR contre opposition (Ecolo). L’article qui suit est un peu long mais me semble intéressant à lire pour bien clarifier les enjeux.

Les mécanismes qui président à la décision politique sont éminemment complexes. Plusieurs conseillers socialistes et humanistes avaient déjà jadis interpellé le conseil dans la perspective d’une telle candidature. Ces derniers jours, la fronde a fait rage au sein des partis : nombreux étaient les conseillers qui refusaient de se plier à une décision qu’en leur for intérieur ils n’acceptaient pas. Pourtant, hier soir, toute la majorité, sans le moindre résistant en ses rangs, a voté contre la motion et pour le protocole.

Une lecture convaincante décline l’essence de la décision adoptée in fine sur un axe d’équilibre tracé entre le jeu partisan et la démocratie, sans être manichéen. Je précise directement que mon analyse n’est pas originale. C’est la lecture qui domine la plupart des interventions, comme ici ou ici. Je voudrais pourtant formaliser l’analyse et pondérer les arguments en présence.

Les partis politiques

Par définition, un parti politique est une organisation de moyens et de personnes formée en vue d’acquérir ou de conserver le pouvoir. Cet objectif est reconnu, légitime, et participe au jeu démocratique belge depuis longtemps. Ce simple constat permet déjà de tirer des enseignements féconds et explique en partie la médiocrité abyssale des débats d’hier, comme je m’en expliquerai. En effet, sur un plan temporel, on peut situer ses arguments dans trois registres.

1. Le registre du passé : par définition, un parti politique est tourné vers l’avenir (acquérir le pouvoir) ou vers le présent (le conserver). Le passé ne peut que lui servir de justificatif – parfois commode – à ses positions présentes. En effet, l’acteur politique ne prête foi à des accords informels antérieurs qu’en vertu d’une stratégie qu’il poursuit, s’il croit que le respect de cet accord lui sera bénéfique dans le présent ou dans le futur. À moins d’observer une règle morale rigide qui confine au sado-masochisme incompréhensible par l’électeur… En bref, l’essentiel des positions développées par la majorité était ancrée dans le registre du passé : ce que Liège était, comment elle a évolué, les accords d’antan, etc.

2. Le registre du présent : la cartographie institutionnelle et politique est telle, aujourd’hui en Belgique, que plus aucun des partis représentés au conseil communal ne peut décemment offusquer ou brusquer un partenaire gouvernemental… À l’exception d’Ecolo qui s’érige de facto en ramasse-baffe de toute la classe politique, tous les partis se ménagent entre eux, c’était particulièrement manifeste hier.

Le cdH suivait le PS pour un motif éminemment contemporain : il s’agissait de toute évidence d’éviter le casus belli et le débarquement de la majorité manu militari. La défaite cinglante du cdH aux dernières élections liégeoises ne lui permet plus d’exercer un contre-poids efficace au sein de la majorité.

Le MR, par le biais de son chef de file au conseil communal, Didier Reynders, a adopté une position pâlement consensuelle : oui à Liège 2015 et oui à Mons 2015. De toute évidence, il s’agissait de ne pas froisser les partenaires fédéraux. En contrepartie de cette attitude insipide, certain(e)s conseiller(e)s du groupe ont été autorisés à monter au front et à sonner la charge dans un bel esprit démagogique.

3. Le registre de l’avenir : c’était évidemment le plus prégnant lors des débats hier soir. Les regards sont tournés vers 2009 depuis juin 2007. Le PS, qui défend la « solidarité wallonne », qui hurle au sous-régionalisme quand on lui parle de « Liège 2015 », avait très clairement en vue les élections de 2009 et l’attribution plus ou moins heureuse des postes liégeois dans les prochains exécutifs wallon et communautaire.

Du pur sous-régionalisme dans l’esprit, en bref. Sans parler des probables stratégies individuelles de carrière qui se sont mêlées aux débats. Pourtant, sur le pur plan de la stratégie, le PS semble avoir paniqué et s’être replié sur sa frilosité interne et ses tabous. Il y a fort à parier qu’ils seraient sortis gagnants d’une attitude plus constructive envers le mouvement populaire qui prend naissance. Des alternatives stratégiques existaient, fut-ce celle d’une candidature fantoche.

Démocratie

La démocratie, c’est le pouvoir du peuple (demos, kratos). D’emblée, une remarque : la démocratie n’est pas forcément la panacée et il convient d’éviter à tout prix, selon moi, l’écueil d’une tyrannie de la doxa (l’opinion). Il faut maintenir des ressorts proprement politiques qui permettent le recul nécessaire à la volonté populaire.

Le système belge est une démocratie représentative, ce qui signifie que le peuple exerce son pouvoir par le biais de représentants qu’il élit à cette fin. Il décerne aux candidats victorieux le mandat de les représenter, à charge pour eux de rendre des comptes lors des prochaines élections. Voilà pour les principes.

Or, sur le plan de la démocratie, tout, absolument tout plaidait en faveur d’une candidature de Liège au titre de capitale européenne de la culture en 2015.

1. Le PS et le cdH, majorité sortante, ont fait campagne sur le thème d’une ville culturelle forte. Le PS surtout a fait de la culture à Liège un des fers de lance de sa campagne électorale, exprimant le souhait de faire de Liège une locomotive culturelle internationale, en tous cas à l’échelle de l’Euregio.

2. Reconduite sans panache, cette majorité a adopté avec force flonflons un « Projet de Ville 2007-2015 » qui intègre des objectifs très ambitieux en matière culturelle, qui auraient trouvé leur plein épanouissement dans le cadre d’une capitale culturelle européenne. Il y est notamment écrit que « la Ville mise sur la culture pour son avenir » et entend « positionner Liège comme métropole culturelle ».

Au demeurant, de nombreux conseillers de la majorité étaient très attachés au projet et ont longtemps résisté avant de le brader. J’ignore les pressions réelles qui ont été exercées. Ce que je sais, c’est que plusieurs ont voté « non » la mort dans l’âme. Dans l’ensemble, le groupe cdH à voté à contre-cœur. Quelle force a-t-elle pu les y contraindre ?

3. La démocratie est étroitement liée à l’État de droit et au respect des procédures. À cet égard, la ville de Liège était déliée de tout engagement politique et de toute contrainte juridique. Elle disposait en droit de toutes les clés pour déposer une candidature. En fait, un accord avait été conclu dont certains se sont prévalus (c’était l’argument prépondérant du cdH) lorsque même cet accord, devenu illégal entretemps, pouvait être dénoncé. Il était plus commode de s’y référer…

4. Pour couronner le tout, un fort mouvement citoyen s’est fait jour spontanément, soucieux de défendre les intérêts culturels de la ville. Un mouvement pas précisément opposé aux idées politiques de la majorité, contrairement à un certain dénigrement qui a consisté à voir dans le chef des pétitionnaires une attitude de déstabilisation politique peu recommandable. Or, ce mouvement n’a pour ambition que de faire renaître sa ville et lui rendre un second souffle.

5. Au demeurant, je crois que systématiquement tous les intervenants ont reconnu la légitimité de principe d’une candidature de Liège, tous ont souligné ses fantastiques atouts culturels, tous ont remercié « l’enthousiasme » des promoteurs de l’appel, tous ont salué l’envie forte des Liégeois d’une culture différente, tous ont applaudi la mobilisation citoyenne, tous ont promis de meilleurs lendemains…

Et pourtant…

Conclusion

… Tous, au sein de la majorité, accompagnés du MR sur la motion entérinant la candidature de Mons, ont clairement pris une décision de principe défavorable à Liège, contraire aussi bien à leur programme qu’à leur Plans stratégiques, contraire à l’État de droit et contraire à la volonté citoyenne. Dont acte.

En l’espèce, j’ai voulu montrer que le jeu partisan est un mal nécessaire. Sans doute trouve-t-il une légitimité dans la manière dont fonctionne une démocratie représentative. Pour autant, la démocratie pose une série de principes qui ne sont pas toujours compatibles avec les intérêts partisans. À mon sens, je l’ai dit, la tyrannie de l’opinion n’est pas une option nécessairement viable. Je crois sincèrement qu’un point d’équilibre doit être fondé et légitimer le consensus qui émerge. Entre démocratie et particratie.

Manifestement, ce point d’équilibre n’a pas été trouvé hier. C’est un constat, pas une opinion. Les argumentaires développés par de trop nombreux membres de la majorité sonnaient hélas bien creux. Il est évident que, pour ce cas-ci, ce sont les partis politiques qui ont parlé, en lieu et place du peuple supposé être le détenteur ultime et légitime du pouvoir.

Bon, ce n’est pas un drame. Maintenant, il va s’agir pour la majorité d’être confrontée à ses actes et d’assumer ses responsabilités. Fondamentalement, l’intérêt premier de Liège a été mis en sourdine au regard de considérations irrecevables pour la population. Celle-ci devra prendre acte et renouveler les voies du combat culturel à Liège : il ne fait que commencer.

Positionnement politique et lisibilité

Voici quelques semaines maintenant que je m’interroge sur la ligne éditoriale à donner à ce blog et les éventuelles conséquences que cela entraîne. Pour le moment, je poste systématiquement sur tout ce que j’estime présenter un intérêt, et je dois dire que la formule fonctionne plutôt bien. Un lectorat régulier semble être en train de se constituer, en trois mois le nombre de souscripteurs RSS a doublé (même si je ne comprends pas toujours les variations de Feed Burner…). Bref, un bon bilan.

Quelles sont les lignes d’évolution possibles?

Pour autant, je suis traversé d’interrogations que je me permets ici de livrer sans fard. En fait, qu’est-ce qu’on retrouve sur « my blogosphere »? Petite sélection complètement partiale, très incomplète et qui n’engage que moi. Surtout, cette catégorisation sommaire n’est en rien exclusive.

  1. Des blogs de gauche, dont le contenu est selon les cas plus ou moins caricatural. Par exemple, l’excellent Des Bulles (qui propose des réflexions très intéressantes notamment sur l’urbanisme) ou le très bon Eigen Blog Eerst!, qui côtoient le plus dogmatique Les doigts dans la crise.
  2. Des blogs de droite, dont le contenu est selon les cas plus ou moins caricatural. Par exemple, l’excellent blog d’Alain Destexhe (qui propose un programme politique et des opinions personnelles, fait rarissime sur le blog d’un élu fédéral) ou le très bon blog de Jean-Yves Huwart, qui côtoient le plus dogmatique Société, Entreprises et Changement de Chaos Theory.
  3. Des blogs de journalistes qui traitent le cas échéant de politique ou de réflexions sur les nouveaux médias, comme respectivement, d’une part le blog de Frabrice Grosfilley et le Politique Show et, d’autre part, le blog de Damien Van Achter ou celui d’Alain Gerlache.
  4. Bien entendu, il y a les inclassables, comme le très bien nommé Grand Barnum d’Himself, ou le brillant On a des choses à se dire (qui assume notamment le rôle de « pont » entre médias francophones et néerlandophones, qui propose de très fines analyses politiques). Il y a également de très bons blogs, parfois revendiqués politiquement, mais qui ne sont à proprement parler ni de gauche ni de droite. En l’occurrence je pense, pour l’exemple, au blog de grande qualité du CDH Cédric Cheneviere.
  5. Il y a encore un monde auquel je ne suis pas du tout sensibilisé : le monde de l’immanence incarnée sur le web, le twitter, l’instantané pur jus, le réseau par perfusion directe. Sans compter tous les mondes virtuels dont j’ignore jusqu’à l’existence même…

De l’inscription dans des réseaux informatifs

Avec ta permission, cher lecteur, je voudrais passer outre les points 3 à 5 ; les blogs de journalistes ont une légitimité propre et une visibilité accrue entre autres par la fonction de leurs auteurs. Les inclassables existent par le biais de leur qualité intrinsèque ou par la pertinence du contenu spécifique qu’ils proposent, ou encore par le biais de multiples autres motifs très pertinents.

Bien entendu, ce sont également ces motifs qui président au succès – lorsque succès il y a – des blogs que l’on pourrait typologiser très sommairement « de gauche » ou « de droite« . Je me demande cependant s’il n’est pas plus lisible pour le lectorat de pouvoir « étiqueter » les blogs qu’il parcourt. Au-delà de cet aspect des choses, avoir par exemple des positions de gauche clairement assumées permet de s’insérer dans de multiples réseaux et de donner une beaucoup plus grande visibilité à son contenu. Pourvu que celui-ci corresponde à la ligne éditoriale de ces réseaux…

Or, mon blog est le reflet de mes opinions politiques, c’est-à-dire qu’il éprouve des difficultés à lire l’événement politique par un prisme de gauche ou de droite. Très symptomatiques à cet égard sont mes positions sur les grévistes, les « prises d’otage » ou le service minimum. Dans ces cas-là, je ne m’estime pas fondé à émettre une opinion pertinente, qui souscrive sans appel aux positions des uns ou des autres, des syndicats, des chauffeurs ou des usagers. Certes, je m’informe un peu mais in fine je n’ai pas le sentiment de détenir les clés fondant une position univoque.

Que faire pour remédier à cela?

S’inscrire sans réserve dans un courant de pensée serait en partie brader ou maquiller une partie de mes opinions, ce dont je ne veux à aucun prix. En revanche, je peux imaginer de ne parler que sur les sujets où j’ai une opinion bien établie et argumentée, me semble-t-elle même classique ou peu originale. A cet égard, il serait possible de prendre le temps de la réflexion et de poster moins, mais mieux : de charpenter l’édifice intellectuel d’une solide argumentation. Une possibilité à laquelle je songe est de prendre le temps de relayer des réflexions de type universitaire, ce que j’ai l’ambition de faire depuis le début et exercice auquel je ne me suis encore que trop peu livré.

Quid également de la rubrique « grand bazar », qui contient des insolites, images ou vidéos, ou encore de la catégorie « culture » lorsque je chronique film ou cds qui ont eu l’heur de me plaire? Ces billets-là ne remportent souvent que de très faibles succès. Faut-il pour autant les faire passer à la trappe, et recentrer le débat sur des éléments plus politiques?

Bien évidemment, la tierce option consiste à ne rien changer. Mais ce blog est comme moi, il s’interroge et entend évoluer. Des commentaires?

« Prise d’otage » : illustration

Comme à l’accoutumée, les mouvements de grève du personnel de la SNCB ont suscité de nombreux débats sur le service minimum. Il y a-t-il une spécificité de la grève dans le cadre d’un service public? En d’autres termes, les travailleurs d’une entreprise privée ne prennent-ils pas en « otage » les clients et fournisseurs de ladite entreprise? Je veux dire par là : il est difficile d’apprécier la réalité d’une « prise d’otage », a fortiori lorsque le fait de porter le mouvement contre l’usager est le seul moyen de donner un écho aux revendications manifestées.

Pour autant, la réalité est là, brute et méchante : je suis venu à Liège ce matin par mes propres moyens. J’apprends à l’instant que les chauffeurs de Liège ont débrayé par « solidarité » avec leur collègues. Or, les motifs de cette manifestation sont tout simplement inacceptables : un chauffeur, ancien paracommando, a commis des violences graves, qui plus est sur une personne handicapée, pour lesquelles il est inculpé.

Bon, je l’ai déjà exprimé, je n’ai pas encore de position dogmatique tranchée sur les questions de grèves dans les services publics, ni sur le service minimum. Cela dit, les chauffeurs et syndicalistes devraient prendre garde aux conséquences de leurs actes, car les faits sont là : en l’espèce, les motifs de la grève sont inadmissibles et, en l’absence de tout avertissement, des usagers se retrouvent dans des positions inconfortables. Dans ces conditions, les futurs mouvements sociaux et leur légitimité seront probablement moins bien acceptés… Moi, ce que j’en dis, hein?!

Liège 2015 : happening au conseil communal

Cher lecteur, tu as certainement suivi l’importante médiatisation – à l’échelle principautaire au moins – de l’appel public pour que Liège soit capitale européenne de la culture en 2015. De quoi s’agit-il au fond ? D’un titre européen décerné par un jury d’experts au terme d’un examen attentif des candidatures valablement introduites. Voilà pour le principe.

Liège 2015

En réalité, deux problèmes se posent à deux échelles différentes.

Premièrement, ce n’est une surprise pour personne, une ville a été désignée officieusement depuis longtemps déjà, ce qu’ont entériné des décisions des gouvernements de la Communauté française et de la Région wallonne depuis quelques années. Ces décisions accordent notamment des moyens financiers pour monter une candidature solide à cette seule ville, au mépris le plus flagrant de l’égalité qui devrait régner entre les candidats en vertu des prescrits européens.

La procédure de sélection, qui doit respecter des règles européennes, n’est visiblement pas bien intégrée par la Ministre Laanan qui a démontré avec brio, à la fois son ignorance totale du dossier et son très haut respect des procédures en vigueur. En outre, la sélection de la capitale européenne de la culture 2015 serait en phase alléguée de « communautarisation », suite à un leurre grossier de Bart Somers qui jette un voile sur les mécanismes de décision. Bref, rien ne concourt à une grande transparence de la procédure de sélection de la capitale européenne de la culture en 2015. Les promoteurs de l’appel s’en sont ouvert dans un communiqué.

Deuxièmement, l’appel public met le doigt sur un point sensible et suscite une importante ferveur populaire. Or, quel constat peut-on tirer ? Pour l’instant, la majorité politique ne semble pas vouloir donner le change. Il faut espérer qu’un débat constructif se tiendra sur la culture à Liège mais ce n’est pas la voie dans laquelle s’engage actuellement l’échevin de la culture. François Schreuer, sur son blog, indique à quel point les promoteurs de l’appel sont déterminés à aller jusqu’au bout. À commencer par la tenue d’une conférence de presse, dès demain à 10h30 à l’An Vert, lieu de culture alternative en péril de disparition.

C’est pour inciter la classe politique liégeoise à adopter une attitude constructive qu’un rendez-vous est pris ce lundi 26 mai, à partir de 18h, en séance publique du conseil communal. Il ne s’agit pas de perturber les travaux du conseil mais bien d’exprimer pour notre ville de Liège l’envie d’un « mieux » sur le plan culturel.

Débats sur le service minimum

Avec les grèves entreprises par la SNCB, c’est tout le débat sur le « service minimum » qui revient sur la table. Les journaux relayent des polémiques ressassées mille fois (voir aussi Le Soir). Les blogs ne sont pas en reste, et rapportent des tribunes d’opinion plus clairement orientés idéologiquement : ainsi par exemple Des Bulles de François.

J’ai le malheur ou le bonheur de n’avoir pas encore une idée clairement formulée – à défaut d’être définitivement arrêtée – sur la question du service minimum. À tout le moins, cette dernière suscite une interrogation profonde ; elle se fond en un dilemme qui semble a priori extrêmement pointilleux à résoudre de manière satisfaisante. Je voudrais donc simplement partager deux réflexions pour alimenter le débat.

1. En tant qu’usager très régulier des transports en commun, il m’est arrivé à de multiples reprises de me trouver dans des situations inconfortables suite à des grèves intempestives. Ce qui m’amène à procéder à une distinction à laquelle je me suis déjà livré antérieurement ; il existe des grèves sauvages et des grèves licites. Je veux dire par là, comme je m’en suis déjà ouvert, que le droit de grève est précisément un droit ; qu’en sa qualité de droit, il est nécessairement assorti de devoirs.

À partir de là, la grève me pose nettement moins de problèmes, dès lors que les conditions légitimes d’exercice en sont respectées. Concrètement, il s’agit d’annoncer le mouvement social dans les règles et de permettre à l’usager de s’y adapter. Bien entendu, cela n’est pas toujours facile ; ainsi d’une grève consécutive à une agression, visant à réclamer des mesures de protection, qui aurait lieu une semaine après ladite agression. Quelle en serait la pertinence?

1. Aujourd’hui, toute grève dans les transports en commun (principalement) s’accompagne de débats plus ou moins virulents sur le service minimum. C’est, on le sait, une mesure réclamée de longue date par les libéraux. En ma qualité d’usager, bien sûr, un tel service minimum présente immanquablement des attraits, si je me situe dans la pure logique de l’individu rationnel. En ma qualité d’être social, je me demande toutefois si des exceptions intangibles au droit de grève ne conduisent pas à faire de ce dernier une option subsidiaire, et ainsi à le vider de son contenu?

Le noeud gordien du débat est ici, cher lecteur, et sans vouloir te décevoir, il ne m’appartient pas de le trancher. Pour autant, je constate – de la manière la plus neutre possible – une médiatisation importante de ces fameux débats sur le service minimum qui accompagnent toute grève dans les transports en commun. Et je m’interroge. D’une certaine guise, relayer ces débats, n’est-ce pas leur faire droit? Le simple fait de s’en faire l’écho ne conduit-il pas à légitimer la question du service minimum et, par là, à renforcer sa crédibilité?

Science du buzz et clips vidéos

Deux cas de clips vidéos ont suscité le « buzz » ces derniers temps. Le premier est le clip de Justice, intitulé « Stress », dans lequel un troupeau de banlieusards parisiens se livrent aux pires exactions dans la métropole. Clip noir et violent. Le second clip vient d’un groupe nommé « The Get Out Clause » : il est supposé n’avoir été enregistré que sur des caméras de surveillance (auxquelles il était possible d’avoir accès suite à l’enregistrement, conformément à une loi sur la liberté de l’information).

Deux points communs à ces initiatives. Le premier : ces clips ont été relayés le doigt sur la couture par ce que d’aucuns ont appelé à raison la « branlosphère« . Ces « perroquets de l’industrie » sont avant tout soucieux de générer le buzz et espèrent bien en profiter. D’ailleurs, pas la peine d’espérer : pas d’images et pas de liens ici.

Second point commun : ces buzz sont le fruit de techniques marketing aussi discrètes qu’un ayatollah à la Maison blanche. Ainsi, l’annonce du clip « controversé » de Justice était distillée **subtilement** depuis novembre 2007 (et le buzz est en pleine explosion en… avril/mai 2008). Quant à The Get Out Clause, il s’est avéré, comme a dû le reconnaître leur attaché de presse, que la plupart des vidéos de surveillance étaient bidons. On est dans le registre du faussement artisanal, branché, indie, mais en fait complètement calculé et léché jusqu’à l’os.

Stratégies virales, donc. Parlez plutôt de musique virus. Car c’est de cela qu’il s’agit en principe : de musique. Inaudible en l’espèce voire, au mieux, insipide.