Mobility contest : Liège-Maastricht 0-1

Maastricht

Il y a quelques temps de cela, j’ai profité du soleil timide pour aller me balader en aval de la Meuse, par rapport à ma bonne ville de Liège, c’est-à-dire à Maastricht. Les pauvres 30 km qui séparent les deux villes dissimulent mal le gouffre creusé de l’une à l’autre sur le plan de la mobilité. C’était si flagrant qu’il convient que je m’en justifie et illustre mon propos.

Liège, c’est clairement le tout-à-la-voiture. De tous les peuples de la Gaulle, les Liégeois sont indubitablement les plus dépendants de leur voiture, sans hyperbole aucune. On pourrait s’amuser à répertorier le nombre de voies rapides à 3, voire 4 bandes de circulation, sens unique et double sens, qui sillonnent, quadrillent, entourent, harcèlent Liège. L’étouffent. Les quais sont tous convertis en autoroutes urbaines, quand les bras de fleuve n’ont pas été proprement asséchés à cet effet, comme sur le Boulevard de la Sauvenière. Le bien maigre piétonnier de l’hypercentre ne doit sa survie qu’à l’étroitesse des rues qui le composent. Et encore conviendrait-il de fermer tout le quartier cathédrale, de l’opéra à Saint-Lambert en allant jusqu’au XX août. Hum! On est loin du compte.

Une évolution en matière de mobilité est depuis longtemps palpable à Maastricht. En premier lieu, au risque de jeter un pavé dans la marre, je dirais que les autorités locales ont le bonheur de s’être dotées d’une politique de la mobilité. Honnêtement, Liège donne franchement très peu l’impression d’avoir réellement réfléchi à une juste répartition de l’espace public, à la cohabitation de différents modes de mobilité. Les seuls espaces piétons sont dans leur entièreté dédiés au temple du commerce qui semble être le seul à habiter les autorités liégeoises. Revenons à Maastricht. Le Hollandais roule beaucoup à vélo, c’est entendu. Ainsi de nombreux axes sont dédiés aux cyclistes et piétons, dans une cohabitation parfaitement sereine, l’habitude aidant probablement.

Cela n’est incompatible ni avec le commerce – à mon avis celui-ci s’en porte mieux – ni avec la préservation d’axes routiers importants. Simplement le traffic automobile a été réfléchi, canalisé, et externalisé au maximum. Il reste tout à fait possible de pénétrer le centre-ville à bord d’une automobile, mais il vous en coûtera un parking onéreux. Cependant, primo, aucun embouteillage. Le traffic est entièrement régulé à l’aide de feux réguliers et fréquents. Secundo, aucune difficulté de trouver un parking en plein centre, même si le prix à payer est fort.

Qu’on ne vienne pas me dire que cela serait impossible à Liège, situé dans une cuvette. Que je sache, les axes reliant les hauteurs de Liège existent mais n’ont pas été développés conformément à cette philosophie. La voiture éprouve moins de difficultés dans les côtes qu’un cycliste ou un piéton, ce n’est ni un obstacle pertinent ni un argument plausible. Dans l’état, Liège fonctionne à l’image de la France. Tous les axes mènent à Paris qui est le passage obligatoire, quelle que soit la destination. Et bien, il en va de même entre toutes les banlieues périurbaines de Liège. Le centre-ville est complètement engorgé de véhicules et rien n’est fait pour leur trouver des alternatives.

Liege

Peu de bus font des trajets de boucles variés dans la ville (style le 1 ou le 4 pour les connaisseurs). Amercoeur, Longdoz, Fétinne, les Vennes, Outremeuse, tous ces quartiers, notamment, peuvent et doivent être mieux desservis et reliés. Un progrès en ce sens : la ligne 28 à venir. Les vélos? Rien, mais rien n’est fait pour eux. A part un ravel dont l’existence est à attribuer aux autorités européennes et régionales et dont la fonctionnalité est au surplus limitée, Liège à vélo c’est zéro pointé. Aucun axe dédié, pour ainsi dire aucun emplacement de parking (ne rêvons pas d’une sécurité!)… Quelques marques au sol à moitié effacée, comptabilisées comme « pistes cyclables », voilà tout. Et des SUL (sens uniques limités), qui induisent plus de dangers qu’ils ne résolvent de problèmes.

On parle de l’instauration de Vélib’, comme à Paris ou Bruxelles. Sans vouloir faire le difficile, aucune objection de principe, mais il convient d’être très vigilant. Ca sent l’aventure électoralement sexy, rose bonbon et visible médiatiquement. Mais quid de l’efficience? Comment peut fonctionner le vélo dans une ville ou tout est prévu pour la voiture? Illustration : l’an passé était refait le pont Léopold, un des plus importants de Liège. Trottoirs agrandis, énorme bande d’égouts au milieu et surtout encore plus de place pour les voitures. Pourquoi ne pas avoir profité de cette réfection pour refaire une piste cyclable physique pour rejoindre le centre commercial et le RAVEL?Une conférence aura lieu lundi 21 avril prochain sur l’instauration de Vélib’ à Liège. Cela se passe à 19h30 salle Wittert, en présence de Willy Demeyer (Bourgmestre), de Didier Castagne (GRACQ – Cyclistes quotidiens), Alain Vandenplas (responsable du dossier « Cyclocity » au cabinet du ministre bruxellois de la mobilité, Pascal Smet) et François Schreuer, président de la nouvelle association urbAgora, le tout sous la modération de David Leloup, journaliste à « Imagine ».

A Maastricht, une voie rapide existait sur les quais, au-delà du vieux pont. Elle passait sur le pont suivant, là où se dresse fièrement aujourd’hui un centre commercial flambant neuf plutôt réussi esthétiquement (pas comme l’ilôt Saint-Michel). Et bien, ce pont s’est adouci, et est à moitié réservé aux usagers doux de la route. Les voies rapides? Une gigantesque esplanade très exposée au soleil, où il fait maintenant bon déambuler… Tout près des commerces! Et les voitures? De nombreuses places de parking ont été conçues et réalisées juste en face, de l’autre côté du pont où passe le ring et des axes routiers importants, hors hypercentre. On le paie, certes. Mais le choix est laissé d’enfourcher sa bicyclette ou d’employer ses gambettes.

Bref, la mobilité, cela ne s’improvise pas. Au-delà de la gestion contingente, circonstancielle, il y a lieu de mettre en place de véritables politiques réfléchies et équilibrées. Si mon verdict peut paraître sans appel, c’est qu’il est le fruit d’une longue expérience d’exproprié de la route. Je ressens de plus en plus l’omniprésence automobile à Liège comme une véritable agression, et je refuse de me laisser démunir par ce manque de clairvoyance communal. Il est encore temps d’opérer des choix stratégiques! Et bien entendu, je ne parle pas de l’édification de cette autoroute rétrograde sur l’axe Cerexhe – Beaufays. C’est un autre débat. Quels que puissent être les arguments en sa faveur, il est un fait constant qu’elle ne répondra ni à l’engorgement routier (les coûts de congestion), ni aux défis écologique et énergétique auxquels nous serons prochainement confrontés. Cela mériterait des développements, bien sûr. Cher lecteur, tu y auras droit. chaque chose en son temps.

Une réflexion au sujet de « Mobility contest : Liège-Maastricht 0-1 »

  1. Francois

    En effet, quoique je pourrais ajouter la nécessaire plus grande accessibilité du campus du Sart-Tilman, qui devient un véritable désert à la nuit tombée (très difficile de faire son sport le soir dans les beaux complexes sportifs si on n’a pas de voiture!).

    Il n’y a pas de communauté estudiantine au Sart-Tilman, il n’y a que des navetteurs en transit!

    Cela dit, j’ai déjà souligné ici les progrès faits en la matière

    http://www.periscope.be/?p=309

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  2. Francois

    Sur la mobilité par rapport au campus tel qu’il existe aujourd’hui, indépendamment donc des redéfinitions qu’on pourrait en donner, trois points me traversent l’esprit concernant la mobilité :

    – les approches transversales en transport en commun, c’est-à-dire qui permettent de lier différentes communes de la périphérie de Liège au Sart-Tilman, sans nécessairement en passer par une correspondance par le centre. A cet égard, la ligne 28 est un progrès significatif. Cela dépend du TEC, je le suppose, mais ce genre d’initiative doit être soutenu et encouragé.

    – trouver une réponse à la problématique de l’accès en soirée : passé 19h, la fréquence des 48 est selon moi trop fortement réduite. A titre personnel, j’ai cette année de nombreux cours qui finissent tard, à une heure où ne passent plus que les 48 et, sauf erreur, la fréquence est de un toutes les 20 min. Or, ils sont souvent remplis à cette heure-là comme en pleine heure de pointe. Si je peux concevoir la difficulté à libérer des bus supplémentaires en pleine heure de pointe, il me semble que la fréquence pourrait être renforcée en soirée pour éviter les trajets debout à des heures tardives après des journées souvent éprouvantes. A fortirori pour le reste de la soirée ; les infrastructures sportives du Sart-Tilman sont vraiment chouettes, mais quasiment inaccessibles en bus en soirée. A nouveau, je parle d’expérience. Peut-être un meilleur desservissement en soirée permettrait-il une vie plus intense, la tenue de conférence, des activités sportives, pourquoi pas des soirées estudiantines ou des projections cinématographiques? A nouveau, je me doute que vous n’avez pas tous les leviers pour décider unilatéralement de ce genre de mesure…

    – une dernière chose relative au campus, dont je suis bien incapable de dire si elle est réaliste, mais qui serait géniale : l’instauration de vélib’s pour le Sart-Tilman. Pouvoir relier les différents bâtiments en vélo, pouvoir de balader à midi en cas de beau temps, voire même, en allant plus loin, pouvoir descendre la côte du Longdoz aux heures d’embouteillages à vélo et rejoindre un point d’où les correspondances seraient facilitées (Angleur, Fragnée ou encore la place Général Leman)?

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  3. Frédéric Pinson

    Je viens de découvrir votre blog mais il est désormais dans mes favoris.

    Je ne sais pas si vous connaissez la réponse à ma question mais je me demande si l’appel d’offre pour un système de vélos partagés a bien été lancé officiellement par la ville de Liège?

    On en parle depuis la fin de l’année passée (semble-t-il) mais je n’arrive pas à trouver sur le site de la ville, une déclaration du Collège ou du Conseil qui parle d’un tel appel d’offre. En savez-vous plus ?

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  4. Francois

    Bonjour à vous et merci pour votre commentaire.

    Je ne connais pas la réponse à votre question en ce qui concerne une décision formelle de la Ville de Liège ; il n’y en a toujours pas trace dans l’ordre du jour du prochain conseil communal, pas plus que dans les derniers communiqués du collège.

    En revanche, une conférence a eu lieu sur la question de vélos partagés ou « en libre service » (Vélibs’) le 21 avril. Sont intervenus notamment :
    – le GRACQ – les Cyclistes Quotidiens ;
    – urbAgora
    – la Ville de Bruxelles (conseiller en mobilité chargé du dossier vélib’)
    – la Ville de Liège (M. le Bourgmestre et un expert mobilité).

    Tout cela est disponible à l’écoute au lien suivant
    http://urbagora.be/spip.php?article1388

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  5. jpoleke

    Bien vu!

    A Liège, la réflexion sur la mobilité des cyclistes et des piétons semble inexistante.
    C’est le tout à l’auto avec, entre autres, pour conséquence le parking sauvage qui devient une norme. Réprimer les véhicules encombrants les trottoirs, les passages à piétons… ne semble pas une priorité de la police. Il est plus simple (et rentable?) de dresser des procès pour non-respect de l’horodateur. Il est donc moins « risqué » de stationner sur un trottoir que sur un emplacement horodatisé. Faut dire que l’exemple ne vient pas d’en « haut ». Par deux fois ces six derniers mois en me baladant avec mon fils en poussette , je me suis retrouvé face à la voiture de l’échevin Firket amplement garée sur le trottoir; quant à rencontrer des véhicules de police stationnés sur le trottoir, voilà qui n’est pas une denrée rare non plus…

    La mobilité des piétons s’amenuisent plus encore quand re-surgissent les terrasses de café. Celles-ci réduisent de plus en plus les trottoirs et autres espaces piétonniers au point que parfois il est nécessaire (avec une poussette d’enfant) de descendre sur la chaussée. Là aussi, j’ai l’impression que l’attrait d’argent vite rentré dans les caisses communales est plus important que le bien être des Liégeois.

    A Maastricht, et ailleurs en Hollande, ne vous laissez pas tenter par un parking sauvage, n’essayer point d’oublier d’abreuver l’horodateur, ne stationner surtout pas sur un emplacement pour riverain… vous n’échapperez pas un belle amende.
    Quant au stationnement du vélo à Maastricht, des parkings gratuits et gardés existent. Dès lors n’allez pas accrocher votre bicyclette à un quelconque poteau, votre vélo risque d’être emporté à la fourrière.

    Mais la comparaison entre Liège et Maastricht pourrait aussi être considérée du point vue urbanistique, architectural, culturel (pour rappel, la collection de peintures de l’architecte Charles Vandenhove: http://jeanmichelbotquin.wordpress.com/2007/03/15/la-collection-charles-vandenhove-sur-la-frontiere-a-long-terme/
    Et là aussi nos édiles ont quelques bonnes leçons à prendre.

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  6. Francois

    jpoleke, je ne peux qu’abonder dans votre sens. Je crois qu’il y a là une question de dynamique de ville. Trop souvent à mon sens, nos élus justifient leurs manques par d’autres actions entreprises, comme si une bonne initiative était exclusive des autres.

    A Maastricht, on voit que toutes une séries de choses sont bien gérées, que ça n’empêche pas d’autres politiques, que ce n’est pas au détriment d’autres éléments de politique publique.

    C’est d’un autre niveau, voilà tout… On en reparlera!

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