Et demain, marchandisation de la médecine?

Petit article, je suis occupé par mon mémoire de licence actuellement. Mais sujet extrêmement intéressant. Leclerc, grande chaîne de magasins français (en existe-t-il en Belgique?) s’est faite, ces dernières années, le héraut de la guerre du pouvoir d’achat, par d’ineptes campagnes publicitaires endoctrinantes et visuellement marquantes.

Thème parfaitement inadapté donc, pour un vendeur qui cherche à se faire passer pour un protecteur de sa victime de prédilection, l’acheteur, en lui faisant miroiter un imaginaire combatant, voire bolchévique. Du grand art, Jafar!

Leclerc bolchévique

Cette fois, la chaîne souhaite et revendique la capacité de vendre des médicaments à « prescription facultative » (France). Leur campagne de lobbying, comme à l’accoutumée, est soutenue par une campagne de publicité destinée à rallier une opinion publique bêlant après ses 3,50 centimes de « pouvoir d’achat ». Cette perspective seule de marchandisation  de la médecine m’effraie totalement, cette poursuite jusqu’à son paroxysme de la confusion entre intérêts commerciaux et médicaux, déjà passablement avancée (qui n’a pas vu The Constant Gardener quitte la salle!), doit selon moi être dénoncée avec la dernière vigueur par le politique, qui doit tirer et assumer sa pleine et entière responsabilité.

Cher lecteur, fais-toi ton opinion et n’hésite pas à en faire part dans les commentaires!

Une réflexion au sujet de « Et demain, marchandisation de la médecine? »

  1. Cédric Cheneviere

    Salut François,

    pour éclairer le débat, voici un extrait du Rapport Attali. Tu verras que ce Rapport ne va pas aussi loin que Leclerc (et, pourtant, dieu sait que ce Rapport a été taxé de « néolibéral » par certains) :

    « Limiter le monopole pharmaceutique aux seuls médicaments prescrits sur ordonnance, sur le modèle italien, sans autoriser la publicité pour les produits non soumis à prescription. Cette mesure 300 décisions pour changer la France permettrait de baisser le prix de ces produits de 5 % à 15 % environ, selon une étude de l’OCDE portant sur le Danemark » (Décision 212, p. 164).

    Comme tu le vois, le Rapport Attali suggère de ne plus limiter la vente des médicaments non soumis à prescription aux seules pharmacies et, a priori, il propose de maintenir l’interdiction de la publicité pour ce type de médicaments.

    Sur l’interdiction de publicité, il faut nuancer car plus loin le Rapport recommande de « lever les restrictions sur la publicité des médicaments à prescription médicale facultative (PMF), comme le prévoit la directive européenne 2004/27/CE » (Décision 281, p. 204). Une fois encore, il faut nuancer cette assertion car le texte de la Directive n’est pas aussi lâche : « Les médicaments qui, par leur composition et leur objectif, sont destinés à être utilisés sans intervention d’un médecin pour le diagnostic, la prescription ou la surveillance du traitement, au besoin avec le conseil du pharmacien, et conçus dans cette optique, peuvent faire l’objet d’une publicité auprès du grand public » (voir la modification de l’article 88, §2). Tu connais ma passion pour le droit européen… 😉

    Rapport Attali : http://lesrapports.ladocumentationfrancaise.fr/BRP/084000041/0000.pdf
    Directive : http://eur-lex.europa.eu/LexUriServ/LexUriServ.do?uri=OJ:L:2004:136:0034:0057:FR:PDF

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  2. JD

    On s’éloigne du débat, mais à propos de Jacques Attali, il faut lire le brillant article de Pinto dans le Monde Diplomatique de ce mois.

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  3. Francois

    @ Cédric

    Merci pour cette ressource. J’avais lors de sa publication survolé le rapport Attali, je dois avouer n’avoir pas ciblé celle-là en particulier. Et pourtant, elle me semble lourde de conséquences. Les médecins et leur « exécutif », les pharmaciens, sont les détenteurs d’un système de savoir autorisé (par l’établissement d’un monopole de droit) ; il me semble dangereux d’introduire, de « lâcher » ce monopole au profit d’une « mise en concurrence ».

    Ou alors, il faut jouer le jeu jusqu’au bout et ne plus rembourser le moindre €cent sur ces médicaments, en partant du principe que l’individu est libre de s’automédicamenter, fut-ce suite à un lobbying intensif sur sa personne ou à une overdose publicitaire. La société s’interdirait alors toute ingérence dans la prise de médicaments « mineurs ». Poussée dans sa logique, je n’aime pas cette solution.

    Surtout que bon nombre de personnes développent rapidement une tendance à s’autodiagnostiquer, voire à s’automédicamenter. En Belgique à tout le moins, les praticiens sont en général prodigues assez en prescriptions pour que personne ne manque de rien, et la sécurité sociale a largement fait ses preuves!

    L’UE, en dépit de toutes ses qualités, sait parfois se rendre exaspérante avec ces politiques de libéralisation et de publicité à tout-va. Elle est encore beaucoup trop perméable aux intérêts catégoriels…

    @ JD

    Je ne dispose pas du Monde diplomatique et je n’ai pas trouvé la référence sur leur site internet?

    @ EJ

    Merci pour le lien de l’article, qui contenait lui-même un lien vers cet article-ci, sur le tollé provoqué par la campagne et la logique nauséabonde qui préside à cette histoire de marchandisation de la médecine

    http://www.lefigaro.fr/conso/2008/04/04/05007-20080404ARTFIG00268-la-pub-choc-pilier-de-la-communication-de-l-enseigne-.php

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