Attention : criminel en liberté!

J’ai découvert hier, avec stupéfaction, la stupidité incroyable des propos tenus à Libération, dans cette interview, par Eduardo Lopez, un « analyste senior de la demande pétrolière au sein de l’Agence internationale de l’Energie ».

Avec une fulgurance économique peu commune, notre homme attribue la flambée du prix du pétrole à la hausse de la demande et à un phénomène spéculatif (qui n’est que la résultante d’une demande forte, selon lui, ce qui me semble très réducteur).

La suite est purement onirique : il n’y a pas de raréfaction de la ressource (« la fin du pétrole, c’est un faux débat! »). Tout ce qui importe est d’améliorer la technologie extractive ; il faut produire plus, exploiter plus. Billevesées!

Sa conclusion, bien entendue reprise dans le titre, mériterait une incarcération en aller simple. Le conseil que cet économiste se sent habilité à donner au consommateur n’est rien autre que : « Voyagez tant que vous pouvez maintenant car le coût des voyages en avion va devenir exorbitant ! »

Pétrole

0 réflexion sur « Attention : criminel en liberté! »

  1. Salut François,

    J’ai découvert ton blog hier. Je savoure pleinement la manière délicieuse avec laquelle tu manie la langue. J’aime aussi beaucoup ta naiveté assumée et peu candide.

    Bravo et merci pour ce travail.

    Quant’à notre économiste de l’AIE cela fait peur de se dire qu’il y a des gens qui occupent des postes aussi stratégiques et qui semblent incapables de voir les problèmes de manière une minimum global. Je ne peux pas croire que ce type (que je ne connais pas par ailleurs) soit un imbécile (quoi que ;-).

    D’où la question : « Qu’est-ce qui motive un tel propos ? »
    Est-il aveuglé à ce point par une forme de mirage (mythe, religion, …) technologique ? Ou sinon … pour qui roule-t-il ?

    Michel Destrée, cycliste liégeois.

  2. Salut Michel,

    Merci pour ton commentaire, cela fait toujours plaisir d’être reconnu pour son investissement, fût-il virtuel comme sur ce blog. Du haut de mes 24 ans, je suis comme une antenne géante qui capte et brasse énormément d’informations mais qui restitue des opinions pas toujours pleinement abouties :-).

    Sur Wikipedia,
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Agence_internationale_de_l%27%C3%A9nergie
    Voilà ce qui est dit de l’AIE (à ne pas confondre avec l’AIEA) :
    « Créée en 1974 suite au premier choc pétrolier, l’Agence internationale de l’énergie est une organisation internationale destinée à faciliter la coordination des politiques énergétiques des pays membres. L’AIE s’est tout d’abord donné pour but d’assurer la sécurité des approvisionnements énergétiques (pétrole principalement) afin de soutenir la croissance économique. Elle entend accomplir aujourd’hui cet objectif, tout en contribuant à la protection de l’environnement, à la réflexion sur les changements climatiques et sur les réformes des marchés ».

    Je me demande dans quelle mesure un analyste travaillant pour une agence avec les missions décrites ci-dessus n’est pas tenu à un devoir de réserve. Les propos qu’il tient relèvent manifestement de la tribune d’opinion et – à mon sens – engage l’organisme pour lequel il travaille…

    Quant au mirage technologique, c’est loin d’être une fiction. Je pense par exemple à Yves Coppens, préhistorien de renommé internationale. De par sa profession, il est plongé dans les racines les plus lointaines de notre passé et de l’osmose avec la nature qu’ont vécu les hommes.

    Hé bien, je lisais un jour qu’il était persuadé que la solution au réchauffement climatique serait technologique : qu’on pourrait, par des explosions nucléaires ciblées, faire pivoter la terre et la dévier légèrement de son axe. Ou parachuter dans l’espace un genre d’énorme bouclier anti-rayons solaires…

    Bref, même les gens autorisés peuvent être à côté de la plaque à un point difficilement envisageable!

    Encore merci pour ta contribution, à bientôt sur ce blog, à la gare du palais ou à vélo!

  3. C’est vraiment de la vision à très court terme- « après nous les mouches » et de plus contradictoire. Car si le pétrole est vraiment inépuisable, pourquoi va-t-il augmenter, vu que ce qui est rare est cher, ce qui n’est pas rare est donc moins cher…Non? Evidemment, si le pétrole n’a pas l’obligeance de jaillir et de couler jusque dans le réservoir de l’avion… faudra aller le chercher plus profondément et l’extirper des entrailles de la Terre, cette bonne vieille Terre. Mais ça va créer de l’emploi! Donc…tout va bien!…Pour le moment…

  4. Tout le problème au coeur de la société, c’est que les avantages visibles – croissance économique, création d’emploi – sont encore systématiquement préférés aux inconvénients potentiels, invisibles – réchauffement climatique, etc.

    Donc logique ancrée dans le présent au détriment du futur, d’une certaine manière ; mais où le futur devient un enjeu fondamental. Cela dit, en prendre conscience suppose d’agir en cohérence…

    On ne peut pas continuer tout le temps à vouloir le beurre et l’argent du beurre, le ski et l’alpe intacte en été 🙂

  5. Salut François,

    j’aimerais réagir sur ton dernier commentaire. Je pense que tout le monde aimerait pouvoir penser ainsi, dire clairement que la priorité c’est l’avenir de la planète et des futures générations et que, dès lors, il faut tout mettre en oeuvre pour lutter contre le réchauffement climatique.

    Mais en pratique, on est vite confronté à un problème de taille : notre société actuelle a besoin de ses entreprises et des emplois qu’elles génèrent. En d’autres termes, nos gouvernants ne peuvent pas ignorer ni sacrifier cette donne socio-économique. A mon sens, on ne peut pas préférer la lutte contre le réchauffement climatique à l’emploi et à l’économie. On doit se battre pour, à la fois, lutter contre ce danger pour la paix internationale (dixit UE et ONU) mais également lutter pour nos emplois et nos entreprises. Pour reprendre une expression que j’ai entendue lors d’une réunion de travail, que gagnerait-on à ce que la Wallonie devienne une sorte de sanctuaire environnemental mais un désert économique et social ?

    Enfin pour conclure, un exemple de cette difficile réalité de terrain : en Europe, tous les pays sont soumis au système Kyoto et, par conséquent, leurs industries doivent disposer de quotas de CO2. Mais ces mêmes entreprises nous disent qu’elles perdent en productivité et que cela leur reviendrait moins cher de produire ailleurs, dans des pays non signataires du Protocole. En cas de délocalisation, qu’y gagnerait-on ? Ces entreprises pollueraient largement (aucun gain pour la planète) et emploieraient des travailleurs du sud (perte d’emplois chez nous).

    Bref, la réalité est bien plus complexe et moins accomodante que bien de nos envies… Ce qui n’empêche pas de pouvoir avoir le sourire de la crémière 😉

  6. Cher EJ,

    J’entends bien, mais dans ma flamboyant jeunesse, je refuse encore de plier les beaux principes à la réalité palpable.

    Dans mon rôle d’universitaire en cours de formation, je préfère rester dans des cadres théoriques qui ont certes l’inconvénient de se heurter au réel mais qui ont ceci d’avantageux qu’ils sont les seuls à même de générer de l’utopie sociale et une réflexion pour demain.

    La logique inflexible que tu décris conduirait à terme l’humanité (avec un grand H?) dans une impasse. C’est finalement là que tu marques un point : « notre société actuelle a besoin de ses entreprises et des emplois qu’elles génèrent ». Je te l’accorde. Mais elle devra s’affranchir de cette dépendance. En théorie…

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