Archives mensuelles : mars 2008

Agir, courir pour le Tibet!

Drapeau du Tibet

Le Tibet se sera décidément trouvé au cœur de l’actualité ces dernières semaines, suite aux soulèvements populaires de Lhassa. Quelle est la réalité? Il est très difficile, vu d’ici et avec le filtre idéologique pro-tibétain omniprésent dans les médias, de se fonder une opinion un tant soit peu raisonnée et « objectivable ». Par exemple, un article du blog d’Aurélien, extrêmement intéressant, repris par Rue89 et Arrêts sur Images (abonnement recquis) laisse plus de place à la nuance que certains articles publiés dans la presse traditionnelle. Ainsi, certains commerçants chinois, certes complices d' »agression démographique« , peut-être innocents pour le surplus, auraient été pendus haut et court par des Tibétains en révolte. Difficile évidemment de ne pas prendre fait et cause pour le Tibet.

Un ami, Ben, aujourd’hui au Népal pour plusieurs mois, a déjà pu, dans le passé, constater la politique impérialiste pratiquée par les Chinois. Si les Chinois sont notre main d’oeuvre exploitée, à nous autres les Européens occidentaux, ce qu’il ne faut jamais perdre de vue avant de se livrer à quelque critique que ce soit, eux-mêmes procèdent de la manière la plus éhontée qui soit à l’arrachage primitif supposé par l’extension capitaliste. Ils se livrent sans conteste à des exactions envers certains peuples voisins, comme les Népalais ou les Tibétains. Par exemple, Ben m’a rapporté certains éléments essentiels, en direct du Népal, relatifs au pillage écologique qui est en train de se produire sur la voie ferrée de Lhassa. Ce train a essentiellement pour vocation l’extraction en plein massif de l’Himalaya de matières premières. Sauf erreur, il est question d’uranium et de prospectives pétrolières.

Bref, la situation au Tibet, que je décrirais comme un état de révolte légitime, un mouvement de libération nationale, doit être dénoncée avec vigueur et mérite tout geste susceptible de donner un poids politique à cette cause. Pour illusoire qu’il puisse y paraître, il me semble au contraire que seule une vigoureuse protestation internationale, avec pour caisse de résonnance médiatique les Jeux Olympiques de Beijing, sera à même d’infléchir, même peu, même mal, la politique chinoise au Tibet. Et en la matière, il n’y a pas de petits profits…

Agir, donc, c’est ce que je vous propose. Pour celles et ceux d’entre vous qui seraient inscrits aux 20 km de Bruxelles (inscriptions clôturées), ou qui escomptent y assister en qualité de spectateurs, Les Amis du Tibet  (je ne suis pas certain de cette URL, mais amisdutibet.be n’est pas encore en service) cherchent des bonnes âmes pour orner une tenue à leur effigie, un magnifique T-Shirt, histoire de défendre la cause. Cela se passera le 25 mai 2008 à Bruxelles, départ prévu à l’esplanade du Cinquentenaire. Plus d’infos en commentaire (adresse: 20km@amisdutibet.be). Autre action, signer cette pétition en ligne, qui a déjà recueilli plus d’1.300.000 de signatures, invitant au dialogue sino-tibétain.

Encore plus d’infos et quelques liens judicieux sur le blog d’Himself.

Tristes Jeux Olympiques | Périscope (par Anne)

XXI : lisez-le, on vous dit!

XXI

Un peu tard vaut mieux que jamais. Je profite de ce post d’Himself pour joindre ma voix à la grande pléiade des encenseurs de XXI, ce nouveau magazine d’information d’un style radicalement atypique dans le milieu médiatique actuel. A l’instantané, XXI préfère le moyen terme (trimestriel). A la brève, à l’AFP ou autre, XXI préfère la longueur. A la forme, XXI préfère le fond (à preuve, la couverture immonde dont parle Tom dans sa vidéo). Au tout à la publicité, XXI choisit l’indépendance. A la sempiternelle autant que nauséabonde règle de l’audimat-roi, XXI fait le pari de miser sur sa qualité intrinsèque pour faire venir à lui le public. Et ça marche, jusqu’à présent!

Je ne vais pas m’étendre : un grand nombre de blogs l’ont déjà fait, notamment ceux de François Schreuer ou The Mole.

Blog officiel de XXI. Le prochain numéro sort le 17 avril 2008.

Pour l’anecdote, j’ai acheté mon exemplaire dans un Press Shop, un jour de passage par Namur, à une libraire acariâtre qui m’a soutenu mordicus que le susdit magazine avait pour intitulé « XXL » et non pas XXI… La lecture de la mention « vingt et un » sous le titre (XXI) n’a pas eu l’heur de la faire changer d’avis…

« L’histoire au présent »

« Je photographie des gens ordinaires dans des situations extra-ordinaires. Extra-ordinaire dans le sens premier du terme. » C’est à peu près en ces termes que Bruno Stevens définit son travail de photoreporter. Depuis plusieurs années, il couvre les conflits. Il fait partie de ceux qui nous ramènent ces images à la fois belles et dérangeantes sur ces noms si communs et si lointains en même temps. Iran, Irak, Liban, Angola, Soudan, Kosovo, Tchétchénie.

Il fixe le temps d’une image des scènes du quotidien, capte des regards. Bruno Stevens ne fait pas à proprement parlé des photos esthétisantes. Toutes ne vous frappent pas dans l’œil par leur composition, leur lumière ou leur netteté. Certaines sont floues, d’autres coupent les têtes. Rien de classique, pas de construction dans les règles. Juste des hommes, des femmes, des regards, des visages, chacun d’entre eux portant une histoire : la faim, la perte de sa maison, le décès, la guerre.

Parmi les clichés exposés au Botanique, quelques perles. Toutes les photographies accrochées au mur sans cadre racontent une histoire, mais seules quelques unes vous attrapent sans avertissement. Des mères, des cadavres, des immeubles détruits.

Et puis des scènes, séquencées photo par photo. Un enfant touché au crâne par une explosion, opéré par un chirurgien dans des conditions vétustes, la tête maintenue dans la main d’un parent. Sur le dernier cliché, il ouvre les yeux. Il a survécu. Plus loin, un enfant, famélique, squelettique, meurt quelques instants après la photo. Bruno Stevens raconte tel un témoin impliqué, mais impuissant.

« L’histoire au présent » révèle ces images, ces autres facettes de notre présent. À voir au CC du Botanique.

Tristes Jeux Olympiques

Lorsque j’avais 11 ans, j’ai présenté devant ma classe un exposé sur les Jeux Olympiques. Je trouvais alors cet évènement exceptionnel. Toutes ces nations réunies autour du sport et du jeu concourrant pour la victoire, dans un esprit forcément pacifique, offraient à l’enfant idéaliste et naïf que j’étais l’espoir de voir ces pays unis pour le mieux et non le pire.Depuis, j’ai grandi. Ce fut l’occasion de nombreuses désillusions à cet égard. Aujourd’hui, à l’heure où les Jeux sont au cœur de la polémique, me voila une fois de plus face à cette gamine de 11 ans, à ne plus savoir quoi lui dire.

Existe-t-il encore un esprit des Jeux? Honnêtement je ne suis pas férue de sport et je supporte toujours le meilleur ; mon analyse sera celle d’une citoyenne belge qui s’interroge.

Parlons d’abord du Tibet. Parlons-en pour ne pas dire grand-chose. Le constat semble clair : les informations en notre possession sont trop faibles quantitativement et qualitativement pour prétendre avoir une juste opinion. Avant même les évènements récents, le comportement des autorités chinoises envers les Tibétains aurait dû heurter notre conscience par rapport au Jeux. Je ne sais pas pourquoi soudainement, les médias ont trouvé bon de se tracasser du sort des Tibétains? Avons-nous les moyens d’agir? N’est-il pas tard pour avoir des scrupules? Comment agir?

Pékin

Par ailleurs, cette focalisation sur le sort du Tibet n’éclipse-t-elle pas d’autres problèmes liés à l’organisation des Jeux par la Chine? La mise en place d’un tel évènement nécessite la construction d’infrastructures hypermodernes, coûteuses et mégalos. L’exploitation d’ouvriers, hommes, femmes et enfants par les autorités chinoises devrait être plus âprement condamnée. L’expulsion sans préavis de familles entières, de quartiers entiers, afin d’y établir un stade gigantesque, devrait nous émouvoir davantage que la Saga des Sagawé (mais que fait le ministre Antoine?).

Cependant, la Chine est-elle la seule coupable? Chaque J. O. organisé représente un gaspillage inouï d’énergie. Je n’ose imaginer les dégâts écologiques provoqués par cette manifestation : déplacement de toutes les délégations nationales, des spectateurs, des médias, implantations des infrastructures, gâchis de nourriture et déchets en tous genres… Bref, toute l’opulence occidentale concentrée dans une manifestation sportive. N’est-il pas, d’ailleurs, paradoxal de l’installer en Chine, au cœur d’une population si largement marginalisée?

Je m’interroge également sur le rôle des sportifs. Leur belle tenue, qu’ils portent fièrement en pensant à l’argent que ça leur rapporte, n’est en réalité qu’un produit issu de l’exploitation d’hommes et de femmes privés d’amusements, de jeux…. en Chine.

Enfin, le problème du dopage vient encore assombrir la piteuse image que j’ai désormais des jeux.

Bref, je ne crois plus en cette compétition. Les Jeux Olympiques n’ont plus rien de sportif : pas d’esprit d’équipe, d’entraide, nul moyen de devenir meilleur, le meilleur, aucune égalité entre participants ni respect d’autrui.

Comme bien des compétitions sportives, les Jeux Olympiques mériteraient d’être réinventés, de devenir des étendards de l’écologie, de la solidarité, de la paix ou que sais-je.

Personnellement, je ne regarderai pas les Jeux Olympiques cet été. C’est ma manière de les boycotter et de manifester mon désintérêt profond pour une manifestation épouvantail.

Anne

Mise au point sur le débat des Présidents

Je suis en train de regarder la rediffusion de l’émission Mise au Point, sur la RTBF, enregistrée hier en direct de la Chambre. Le débat a lieu entre tous les Présidents de partis francophones.

Deux réflexions me viennent à l’esprit.

La première porte sur la forme. Il faut se féliciter qu’enfin un débat serein puisse avoir lieu entre ces éminences de notre vie politique. On a trop vu, depuis les élections, Mme Milquet et MM. Reynders, Javaux et di Rupo, se tirer dans les pattes pour des motifs préélectoralistes parfois flagrants. Ce matin, en toute honnêteté, je suis très heureux d’assister à un véritable débat respectueux. Alors, je ne dis pas que tout le monde est d’accord, on a eu droit à de belles passes d’armes entre Jean-Michel Javaux et Joëlle Milquet, et entre Jean-Michel Javaux et Elio di Rupo. Ecolo fait son job d’opposition et critique le gouvernement, c’est normal, le gouvernement fraîchement formé défend son accord, c’est tout aussi normal. Pour autant, les sales vannes, les tackles du fond des âges n’ont pas eu lieu. On a discuté programme, pas personnes.

Ma seconde réflexion porte sur le fond, et c’est là que le bât blesse un peu plus. Bon, j’ai la critique légère mais c’est aussi le rôle d’un blogueur. Je trouve que la discussion est restée très limitée. Le thème principal a sans conteste été une potentielle réforme fiscale, avec de multiples questions ; fallait-il chiffrer l’accord? Le projet favorise-t-il les bas ou les hauts revenus? Quelles mesures pour les pensionnés, les précarisés, etc? Chacun tente de défendre son bilan, c’est entendu. Bien sûr, c’est important. Il n’empêche ; on discute de l’effet plus ou moins redistributif de certains leviers fiscaux, en partant du principe que l’argent fait le bonheur. Ce n’est « que ça », c’est orienter un peu plus ou un peu moins les moyens publics vis-à-vis de certains publics. Ensuite, on parle (un peu) des peines de prison et, enfin, de la réforme de l’Etat et de son calendrier, ainsi que des rapports entre communautés et entre francophones.

Un grand nombre de débats cruciaux auxquels sera inévitablement confronté le nouveau gouvernement ne seront même pas abordés. Comment le gouvernement entend-il faire face à la crise boursière qui s’annonce? Est-ce un faux problème? Et la fin du pétrole, un faux débat?  Au fond, à part la mise en place d’une « Task Force« , quelles mesures environnementales sont envisagées (JMJ en a d’ailleurs fait la remarque tout à la fin)? On pourrait aller plus loin : le gouvernement ne doit-il pas réagir collégialement aux évènements de Lhassa?

Voilà, il était positif d’assister à un débat serein et constructif, respectueux, dommage simplement qu’il soit resté cantonné au belgo-belge et à des thématiques très limitées, certes importantes mais parfois fort éloignées des enjeux vraiment importants qui s’annoncent à l’avenir.

Il est né le divin gouvernement

Source : le Politique Show

Gouvernement de désunion nationale

La première réflexion qui m’est venue à l’esprit en prenant connaissance de la composition du gouvernement est : bon sang, Jean Quatremer et le GERFA avaient raison. Le gouvernement intérimaire était bien une version bêta (je maintiens l’accent circonflexe) du gouvernement 2.0.0.8 (définitif, jusqu’à la version 2.0.0.9?). En substance, les francophones ont laissé filer tous les ministères régaliens (fonctions traditionnelles de l’Etat-Nation : justice, police, affaires étrangères etc.) à des ministres flamands. A ce titre, il est très intéressant de prendre connaissance de l’article de Jean Quatremer.

Je voudrais prolonger la réflexion. Un observateur, même peu averti, remarquera (comme le fait M. Quatremer), que les portefeuilles échus aux francophones sont ceux de nature « sociale ». A mon sens, cela confirme et entérine la grave rupture entre les deux communautés du pays. En cherchant à défendre farouchement les domaines touchant de près ou de loin à la « solidarité interpersonnelle », et en s’accaparant les postes y relatifs, les francophones ont tout simplement démissionné de la gestion de l’Etat. Ils se sont retranchés dans un bastion intra-gouvernemental dans lequel les flamands n’ont pu que les enfermer avec bonheur.

On pressent déjà l’attitude défensive et peu constructive qui sera celle des francophones lorsque les flamands reviendront à la charge avec leurs revendications, cette fois dans une position de force figée par la représentation gouvernementale, dans le cadre du groupe Octopus ou de je-ne-sais-quel comité des « sages ».

Post-Scriptum : attention image aggressive à laquelle je ne souscris pas mais dont je me dis qu’elle est de circonstance, pour la touche humoristique

La volaille francophone enc***

Il est né l’accord indécent

Pom pom

Il est né l’accord indécent… Jouez hautbois, résonnez musettes!

Un accord, enfin!

Après 282 jours de tergiversations et à peu près autant de turpitudes, on a un accord sur quelque chose qui ressemble à un gouvernement. C’est officiel : dès aujourd’hui, à 11h, Verhofstadt passe le flambeau. Je n’ai pas toujours été fan de sa manière de faire de la politique, ni de la paralysie qu’induisait un gouvernement violet. Mais je dois admettre qu’il a su se montrer séduisant, faire une sortie fracassante et, tout de même, contribué sérieusement à débloquer une situation pourrie. Et puis, si un gouvernement violet générait des blocages idéologiques, qu’en sera-t-il d’un pentapartite?

Quel accord?

Son menu (table des matières)

J’ai reproduit la table des matières de l’accord ici.

Sa digestibilité

Comme j’ai pu le lire par ailleurs, l’accord de gouvernement:

– ratisse large ;

– ne chiffre pas précisément les mesures ;

– reporte les arbitrages délicats ;

– et délègue tout le volet institutionnel à l’Octopus.

Sur ce dernier point, je ne peux que constater que les Flamands ont été contraints de culotte baisser. Rappelez-vous les mâles déclarations, il y a quelques mois seulement ; « pas d’accord institutionnel fort, pas de gouvernement! ».

Enfin, toujours est-il qu’un accord a été trouvé. A mon sens, à force de manger à tous les râteliers, cette accord se montre incapable de dégager une vision politique claire, un projet de société. Beaucoup de points sont de grandes intentions dont on perçoit mal l’effectivité et l’applicabilité concrète. Je dois toutefois admettre que (selon mon opinion, et je la partage), sur deux points qui ont été mieux développés et réfléchis, l’intention affichée est tout à fait louable et authentiquement politique (pas de simples mesurettes ou arbitrages fiscaux) : l’environnement et les migrations (notamment l’accord sur une régularisation des sans-papier).

Reste à voir la traduction concrète…

Un accord indécent

Je voudrais quand même souligner que, s’il est important pour notre pays d’être doté d’un gouvernement et d’un accord, si précaire soit-il, il n’en reste pas moins qu’il est proprement indécent d’avoir mis 282 jours pour y parvenir, sans compter les mélodrames en voie de confection (qui ne manqueront pas de se rappeler à nous… en juillet?).

J’observe un peu certains blogs sur Internet. La plupart se préoccupent de la crise boursière d’ampleur qui se prépare, qui signifie peut-être le début d’une phase de récession, voire l’effondrement d’un système. Bien plus que d’un accord politique boîteux et trop tardif. On a une chance inouïe de pouvoir se payer le luxe de pinailler autant sur des détails dont l’importance, ancrée dans le moment présent et dans notre petit contexte localo-belgo-belge, est somme toute très relative!

Tout ça ne nous rendra pas le Tibet…

Zita Swoon en velouté

Zita Swoon live

Douces sensations chatoyantes. Zita Swoon un soir d’hiver, c’est une opportunité immanquable. La configuration que le groupe propose est inédite pour moi ; A band in a box. Une scène est reconstituée à même le sol, au beau milieu de la salle ; le public l’entoure de toutes parts. C’est intimiste : risqué pour toute formation musicale. La mise à nu est totale.

Zita Swoon dans la configuration A Band in A Box

Et pour le coup, quelle nudité flamboyante! Zita Swoon, ce sont 7 personnes sur scène (un chanteur, un batteur mode lo-fi, un percussionniste cubain, un synthé fou, un guitariste tendre et deux choristes solaires), 7 personnes sur scène et autant d’artistes et de belles individualités. Pour autant, le groupe est synchronisé avec une rare maîtrise et le tout acquiert une cohérence remarquable.

Le flow est intense, l’intimité forte, la générosité ambiante. Le groupe délivre sans fard ses plus belles compositions, faisant la part belle à son répertoire français. Le son, calibré à l’excellence, se répand avec une douce harmonie. La setlist est particulièrement bien équilibrée. Plus tard, un rappel très dansant animera la salle sur des titres moins connus, mais si bons! Le concert s’éteindra paisiblement sur deux titres splendides, très calmes, sur lesquels le public prendra l’initiative de s’asseoir. Magie.

Que rajouter? Ce groupe dépasse tous les clivages, transpire l’originalité et l’amour de son art. A ne manquer sous aucun prétexte!

My Space

Eclairage public : les actions Flash ne suffisent pas

« C’est une grande première en Wallonie: la nuit de l’obscurité plongera samedi soir plusieurs communes wallonnes dans un noir tout relatif. Cette initiative, qui existe en Flandre depuis 13 ans, a pour but de lutter contre la pollution lumineuse. L’occasion en passant de faire quelques économies d’énergie et peut-être de voir le ciel avec d’autres yeux… » [A plongé!]

J’avais 12 ans en 1996. Un jour, à l’occasion d’un trajet nocturne Bruxelles-Liège, il m’a pris la fantaisie de compter le long de l’autoroute le nombre de réverbères défectueux. Je peux vous assurer qu’il y en avait déjà beaucoup… mais pas encore assez! Car ce que j’ai surtout retenu de cette expérience, c’est tout simplement la quantité invraisemblable de poteaux éclairants que l’on retrouve partout, sur l’ensemble de notre réseau routier, sur la moindre petite nationale, la plus minuscule route, le plus minable chemin.

Avec le temps, mais très rapidement tout de même, sensibilisée qu’est notre génération aux problèmes écologiques, je me suis posé la question de savoir quelle quantité d’énergie consommaient tous ces réverbères. Cette réflexion fut naturellement prolongée par la question de leur coût intrinsèque. Combien coûte leur entretien?

Je n’ai pas de réponse à ces questions. A priori, les sites internet belges restent discrets sur le sujet. Néanmoins, j’ai été très intéressé de découvrir une étude publiée par l’ULg (en 2006) Cette étude est un véritable plaidoyer, non pas du non-éclairage, mais de l’éclairage intelligent. La question n’est pas de proscrire tout éclairage public. Mais sans remettre en question sa raison d’être, il me semble important de mener une brève réflexion sur les moyens mis en oeuvre.

Il existe des modèles de réverbères beaucoup plus ergonomiques, qui pour une économie d’énergie d’environ 2/3, procurent exactement la même qualité d’éclairage au sol, mais sans polluer le ciel nocturne d’une lumière trop importante.Un modèle innovant avait fait l’objet d’un article sur ce blog en son temps : le Windela (lien repris en bas d’article avec les « liens utiles »).

Outre la stricte consommation d’énergie, les dégâts causés par une luminosité irrationnelle peuvent aller se cacher là où on ne les attend pas. Ainsi, il est stupéfiant de constater le nombre d’oiseaux qui se tuent, induits en erreur par une luminosité artificielle. La Wallonie n’est pas dotée de ces modèles. Vu le nombre de poteaux qu’il faudrait remplacer, le coût de l’opération pour remettre un équipement plus moderne, plus économique, plus rationnel, plus respectueux de la nuit serait… conséquent, sans nul doute.

Toujours est-il que l’étude susmentionnée cite plusieurs exemples de villes où des travaux similaires ont été entrepris; s’ils engendrent à coup sûr un certain coût, en revanche ce coût est vite amorti, au vu des économies réalisées. Dans un registre plus localo-localiste, je tiens de source sûre que la ville de Liège travaillait (en 2006) sur un projet (certes pas pilote, il ne faudrait pas trop en demander) consistant tout simplement à remplacer les ampoules des feux de circulation par des leds. Pour des raisons d’opportunité politique, le projet ne s’est pas concrétisé. Mais il s’agit de projets porteurs d’avenir sur le principe, et il faut absolument veiller à en soutenir un maximum dans les années à venir.

Il s’agit du respect de nos engagements internationaux (Kyoto) mais également, et tout simplement, du respect de notre environnement ainsi que de bon sens élémentaire.

Alors, si on coupait 4 heures par nuit, on économiserait 12 millions d’€uros pour une diminution de confort franchement minime, et on pourrait financer… que sais-je… un circuit de Formule 1!

NB : cet article est une remise à l’actualité d’un des tous premiers articles de ce blog, daté du 26 janvier 2006, mais actualisé. Parmi ce qui a changé, je mentionnais l’éclairage de nuit scandaleux ; sous cette législature, le ministre Lutgen a calqué les mesures flamandes consistant à couper la lumière sur les autoroutes en seconde partie de nuit.

Liens utiles

L’enquête de l’ULg

Les études du MET (rubrique trafic)
Les leds
Windela sur Périscope