Le train gratuit

Lundi, Elio di Rupo déclare dans Métro qu’il souhaite la gratuité du train pour dans dix ans. Un grand écho est donné à ses déclarations ; pour autant, que cachent-elles et que faut-il en penser?

Premièrement, il ne faut pas avoir fait des études en communication politique pour deviner l’intérêt d’annoncer la gratuité du train aux lecteurs du … métro, le journal de tous les navetteurs. Cela, c’est pour l’effet d’annonce. Qui se trouve largement tempéré par la lecture de l’interview en question. Jugez-en : « Je sais que ce n’est pas quelque chose que l’on fera du jour au lendemain. Je demande cependant que, dans les prochains contrats de gestion, on impose à la SNCB de proposer des moyens pour réduire le coût du train, notamment pour les familles« . Et d’évoquer une « politique de soutien » à la SNCB en contrepartie.

Entre l’annonce « gratuité pour dans 10 ans » et l’application concrète que M. di Rupo entend lui donner, qui consiste à « imposer de proposer » … il y a de la marge! En fait, « il faudra entamer une réflexion plus fondamentale sur le chemin de fer et les transports en commun« .

Deuxièmement, que faut-il penser de la gratuité du transport en commun? De manière étonnante, cette simple suggestion concernant le train soulève une levée de boucliers dans le forum instauré sur cette question par La Libre Belgique. Il faudrait vérifier les chiffres de M. di Rupo, qui estime en substance son coût à 600 millions d’Euros (l’équivalent des recettes passagers, sauf erreur). Ils sont de toutes façons irréalistes, car la gratuité entraînerait une extension importante du trafic ferroviaire et in fine l’obligation d’étendre largement un réseau déjà saturé.

Cependant, ce réseau doit déjà faire l’objet d’une extension. L’accroissement des prix du pétrole et de celui des automobiles a d’ores et déjà poussé le réseau existant dans ses retranchements. Alors, quitte à l’agrandir ou à proposer un beaucoup plus grand nombre de liaisons, pourquoi ne pas en profiter pour le faire dans le cadre d’une politique ambitieuse et volontariste des transports en commun, beaucoup moins polluants malgré tout?

En outre, la gratuité du train existe déjà pour un grand nombre de citoyens – les fonctionnaires, les seniors, les jeunes enfants, etc. Or, malgré cela, toutes les infrastructures de délivrance de titre de transport et de contrôle sont maintenues pour ceux qui payent encore. Rendre le train gratuit, c’est aussi faire de substantielles économies sur ces postes… et faire grincer les dents des syndicats cheminots. Il y faut donc aussi un certain courage politique!

Bref, au-delà de l’effet d’annonce, il existe un vrai potentiel dans cette mesure qui permettrait d’avoir enfin un service public à la hauteur de ses ambitions à un coût tout à fait mesuré et écologiquement très rentable!

Une réflexion au sujet de « Le train gratuit »

  1. François

    Voilà un syllogisme indigne d’un lecteur attentif comme vous l’êtes sûrement.

    Il repose sur deux dictons qui sous couvert d’énoncer une vérité établie dissimulent mal le creux du propos.

    J’espère que vous n’êtes pas endoctriné par la société marchande au point d’éprouver réellement un tel mépris pour la gratuité?

    🙂

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  2. Anonymous

    Gentille petite critique. Je viens lire tes billets sur ce blog de temps en temps. Si je devais te situer politiquement sur le spectre politique belge, exercice qui m’amuse, je dirais que tu es ecolo (ça parait évident). Mais on sait que les clivages politiques tels que représenté par les différents partis sont très superficiels, au regard de l’éthique économique et sociale, par exemple. Donc si je devais te situer politiquement en terme d’orientation éthique, j’aurais un peu plus de mal. Il ressort de tes billets une espèce de naiveté bourgeoise pavée de bonnes intentions écologiques. Par exemple, Di Rupo annonce la gratuité des trains, et ce qui te préocuppe, c’est l’environnement. Le fait que la gratuité du service publique a pour effet une redistribution des richesses des nantis vers les moins nantis ne semble pas te préocuper. Tu « dénonce » l’effet d’annonce, fustige un peu les syndicats, ces ennemeis de l’environnement, et plaide pour une « politique courageuse de l’environneent ». Donc je te vois plutot comme un ecolo explicite, implicitement de droite. ALors une petite question pour finir: en quoi l’écologie est-elle une question politique?

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  3. François

    wahou… petite critique d’une grande pertinence. C’est très intéressant d’être analysé en si peu de lignes et d’y trouver tant de blé pour alimenter mon moulin.

    Je pense que je vais me laisser le temps de la réflexion et vous répondre, cher anonyme, de manière un peu plus circonstanciée d’un jour à l’autre.

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  4. Cédric C.

    Salut François,

    rassure-toi, je ne vendrai pas la mèche au sujet de ton orientation politique (bien que personnellement je la connaisse)…

    Pour la proposition de Di Rupo, quand j’ai lu son interview dans Metro, je me suis dit que c’était un sacré publicitaire. En effet, entre le titre (« gratuité du train ») et la substance de l’interview, il y a une marge : que dit Di Rupo ? On va réfléchir, il va proposer, etc… Mais proposer quoi ? des « moyens pour REDUIRE le coût du train, notamment pour les familles ».

    Entre réduction d’un coût et gratuité, il y a une nette différence !

    A bientôt petit bourgeois naïf aux relents écolos implicitement de droite 😉

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  5. François

    Cher anonyme,

    Après mûre réflexion, voici quelques-uns des éléments qui me sont venus en tête suite à ton commentaire. Ils donneront probablement lieu à quelque chose de

    plus construit ultérieurement sur le positionnement politique.

    Je vais d’abord tuer le suspense : non, je ne suis pas Ecolo. Bien que la thématique de l’environnement me préoccupe au premier plan, je ne suis pas

    convaincu qu’elle soit soluble dans un parti politique. A fortiori dans un parti qui attend encore le Grand Soir et l’Emancipation de l’Humanité pour arriver

    à ses fins écologiques…

    Vous me demandez si l’écologie est politique. J’ai envie de vous répondre que l’affirmation inverse équivaudrait à en déléguer la responsabilité à une

    obscure « main invisible », autrement dit, à un rapport de force entre acteurs économiques et politiques. Au niveau de la ruche planétaire, chaque abeille

    définit sa propre conception de l’écologie aussi en vertu de ses intérêts stratégiques. Faut-il, pour s’en convaincre, évoquer le cas des taxes carbones,

    litigieuses au regard du droit de l’OMC? Bien sûr, l’écologie est politique.

    Toute problématique peut s’analyser sous un angle économique, social ou écologique. A cet égard, vous l’avez souligné, les clivages perdent de leur

    pertinence. Les hybrides prolifèrent. Un aspect environnemental peut être soulevé derrière chaque dossier à l’agenda. C’est la raison pour laquelle l’Union

    européenne prone un principe d’intégration pour faire de l’environnement un champ de compétence intégré, transversal. Or, face à des enjeux économiques (croissance) ou sociaux (l’emploi) tangibles, l’environnement, dernier arrivé dans le débat public, reste presque forcément le parent pauvre. Les thématiques de l’écologie sont donc éminemment politiques, mais s’insèrent difficilement dans les champs traditionnels d’action publique.

    Selon toi, je ferais preuve de naiveté bourgeoise. J’imagine qu’il doit y avoir du vrai là-dedans, et je vais m’en justifier en dissociant chacun de ces

    termes. Naiveté, certainement. Je l’assume et la revendique. Derrière la naiveté se cache la capacité à se dégager du pragmatisme ou d’un réalisme

    castrateur. Je refuse, à mon jeune âge, de troquer mes utopies (c’est beau, ça, hein? :-). Bourgeoisie, probablement. L’écologie est laissée sur la touche en

    politique, en tous cas en Belgique ou elle est subsidiaire et marginale. Voilà la raison pour laquelle cet aspect-là de mon discours prédomine, mais cette

    volonté de faire passer l’environnement avant les préoccupations économiques ou sociales est plus ou moins conscient. Voilà pour la naïveté bourgeoise et, au

    passage, pour l’explicitement écologique.

    Ainsi, dans le cas qui nous préoccupe, il est vrai que j’ai esquivé les effets redistributifs de la gratuité du train. C’est que j’estime que les moyens

    budgétaires doivent faire l’objet d’un artbitrage politique au sein de l’enveloppe « mobilité » allouée par les pouvoirs publics, pour autant que le permette

    la complexité institutionnelle belge. Ainsi, la gratuité du train pourrait être financée au détriment des subsides versés aux compagnies aériennes, ou par

    une taxe sur le low-cost, ou par l’instauration d’un vrai éco-malus sur l’automobile ou encore en reconçant au coût de CHB, nonobstant les niveaux de

    compétence.

    Explicitement écologique, donc. Implicitement de droite? Je n’aime pas les clivages. La gauche, la droite, ça ne m’évoque rien ; je pourrais développer ça

    plus amplement plus tard. En l’occurrence, je ne peux souscrire à tes arguments. En effet, je dénonce un « effet d’annonce » dans le chef de Di Rupo. PS ou pas

    PS, cela reste un effet d’annonce ; ce n’est pas une position « de droite ». Ensuite, je fustigerais gentillement les syndicats. Le ton de l’article peut le

    laisser croire… La vérité est qu’un syndicat est constitué en vue de la défense des intérêts de ses affiliés. Confrontés à la perspective de pertes

    d’emplois, il serait tout à fait légitime dans le chef d’un syndicat de s’opposer au projet. Cela dit, la classe politique belge redoute terriblement

    l’opposition syndicale ; c’est un fait. Il se trouve que l’environnement n’est pas syndiqué et ne dispose d’aucun moyen de pression sur le politique à court

    terme. Enfin, réclamer une intervention de l’Etat pour la gratuité des trains, ce me semble correspondre plutôt à un comportement de gauche. Fais-je erreur?

    L’écologie est politique mais peine à être prise en compte. A ma modeste mesure, cher anonyme, je me fais l’humble porte-parole d’une nature opprimée, certes. Mais je ne suis implicitement ni de gauche, ni de droite. Un nouveau pronostic?

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