Bye-bye bon sens

Plutôt que de la Belgique, comme l’annonçait la RTBF il y a un an, je pense que c’est du bon sens qu’il faut faire le deuil aujourd’hui. La crise est là, grave, manifeste, certes. Surtout, elle s’enlise. La faute à qui?

Ma théorie consensuelle veut que les torts soient partagés. Responsables politiques, j’ai déjà dit le mal que je pensais de leur gestion de la crise. Les dernières dépêches n’infirment aucune de mes appréhensions. Médias, tous confondus mais à des degrés divers, j’y reviendrai ci-dessous. Citoyens aussi : venant de nous tous, Belges, une maigre manifestation bâclée et quelques drapeaux aux fenêtres n’honorent en rien un bilan médiocre. Bref. C’est la faute à tout le monde et la faute à personne. Le bon sens seul y a perdu son latin.

Alors, les médias, j’ai souvent écrit à leur propos, j’ai vitupéré à leur endroit, j’ai protesté sans humilité contre leur manière de couvrir la crise. Soit. Finalement, jeter encore mon avis en patûre sur un évènement dont l’importance est partiellement galvaudée – j’ai nommé Bye-bye Belgium – cela a-t-il encore un sens?

Je vais faire court:

– oui, cette émission était audacieuse et je cautionne la démarche. Ma jeunesse fougueuse (éphémère?) me dicte d’accepter l’imprévisible, de m’ouvrir aux possibles et de ne pas condamner a priori. Finalement, l’électrochoc a eu son ampleur et peut-être certaines pendules s’en sont-elles trouvées remises à l’heure ;

– oui, une certaine image de la Flandre y était développée, forcément caricaturale, et dont n’ont pas su à l’évidence se départir les journalistes de la RTBF. Hier, à Questions à la Une, je n’ai vu aucun des acteurs principaux du projet prendre du recul ou nuancer la démarche. Tout au plus ont-ils été dépassés par la tournure des évènements. Que tant de gens aient marché en dépit des précautions prévues auraient dû stimuler une réflexion plus forte et des actions.

– oui, ce n’est pas cette émission spéciale qui a révolutionné le monde politique belge. Elle a néanmoins polarisé l’attention sur une certaine image de la Flandre donnée par les francophones, c’est indéniable. Si la RTBF avait rectifié le ton dans la suite, peut-être l’exaspération flamande n’aurait-elle pas pris cette envergure. En revanche, c’est tout aussi indéniable, des contacts positifs inter-communautaires ont découlé de cette initiative. Il y avait donc là à boire et à manger, et paradoxalement c’est encore, à mon sens, à la RTBF que ça mange le moins de pain, au regard d’initiatives parallèles prises par les confrères.

– oui, l’exercice d’autocritique est très limité en ce que le plaidoyer pro-Bye-bye-Belgium, au demeurant remarquablement élaboré, était entièrement conçu au sein de la RTBF par des membres de son personnel. Que les nombreuses informations intéressantes qui ont émergé n’occultent pas le parti-pris manifeste (et l’instrumentalisation des critiques négatives) qui sous-tendait l’émission. A preuve, cet intitulé : « la RTBF a-t-elle eu tort d’avoir raison trop tôt? »

– oui, c’est un peu facile de tout coller sur le dos de cette émission, qui a ses mérites et ses inconvénients. Est-il indispensable d’en refaire une édition spéciale 15 pages accompagnée d’un DVD collector?

Demain, je ferai part d’une initiative beaucoup plus intéressante au sujet des médias et apporterai quelques éléments de réflexion.

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