Temps des suggestions – Belgique 2. 0.

Crise des fondements de l’Etat belge et incapacité du politique évoluant en vase clos à y remédier. C’était la conclusion d’un article publié sur mon blog il y a 15 jours. Elle reste d’une actualité brûlante à l’heure de la seconde démission du formateur Yves Leterme II. Dans un premier temps, je voudrais revenir sur la crise qui, plus que jamais, séïsme la Belgique et, dans un second temps, avancer une suggestion haute en couleur pour l’avenir du pays.

L’impasse est totale. Je sais qu’on le répète depuis six mois dans la presse, mais, ce coup-ci, je crois vraiment que le Palais ne pourra pas s’en tirer avec un pirouetteur supplémentaire. Je ne vais pas avancer qu’il y perdrait le peu de crédibilité qu’il lui reste – je crois son crédit épuisé depuis trop longtemps. A moins qu’Albert II ne relance la monarchie absolue mais éclairée, ce dont je doute, je vois mal quelle solution rocambolesque pourrait encore s’inscrire à l’ordre du jour.

Alors, quoi?

Un gouvernement d’union nationale et temporaire? Une orange-bleue « socio-économique » jusqu’en 2009? Un retour de l’arc-en-ciel, un olivier, une classique, une jamaïque? De toutes façons, de quel capital-confiance jouissent encore les politiques, qui ont démontré leur impuissance à sortir le pays d’une interminable crise qui touche aux fondements de l’Etat? J’aurais souhaité aux verts et aux socialistes de profiter de la crise orange-bleue pour reprendre la main dans les débats et suggérer des alternatives… Cela fait six mois aussi qu’ils critiquent mais se gardent prudemment de rien proposer (à part un gouvernement d’union nationale pour Ecolo, pour être juste).

Alors, quoi?

Je suis présentemment déçu. Du haut de mes 24 ans fraîchement sonnés, je me faisais une autre conception de la noblesse du Politique, du sens de l’Etat, de la recherche du mieux-être commun. Je reste redevable de cette perception du Politique, si opposée à la politique, au sens très contingent du terme, qu’on nous sert depuis les élections. Marchandages, calculs, stratégies : rien n’est gratuit dans cette espèce de grand « marché politique » dont chaque leader semble chercher à grapiller des parts en pourcentage (2009 est si proche!).

Selon ma perception, aucun des négociateurs n’est arrivé à prendre un ascendant sur les autres, guidé par une vision politique du pays et, s’il en avait existé un, c’était de sa responsabilité de dénoncer l’irrationnalité du débat ainsi que de refuser de poursuivre ces négociations dépourvues de sens. Leterme, qui avait mon soutien dès le départ et dont j’étais sûr qu’il ferait preuve de rationnalité et de sang-froid, a perdu la main dans son propre parti et a été incapable de s’affranchir de l’intransigeance de la NV-A. Dès lors, impossible de se profiler sous ce statut d’homme d’Etat, sans le soutien massif du parti grand-gagnant de ces élections. Il a failli.

Les autres ne sont pas exempts de reproche. L’Open-VLD m’a semblé Gesloten-VLD et très mou dans sa recherche du consensus. Le MR m’a exaspéré avec son double discours, Reynders disant oui devant la caméra, puis disant non devant la même caméra par l’entremise de Maingain, lequel peut être à son tour aussi exaspérant que De Wever. Le cdH, faible de son score en demi-teinte aux élections, a gardé une ligne claire depuis juin mais a probablement fait preuve d’une trop grande intransigeance en général.

Bref, ces constats, plus ou moins partagés, ne changeront rien. Tout le monde s’accordera pour dénoncer ce gâchis, en accord avec mes conclusions – en partie si pas en tout, et l’image de la classe politique belge de s’en trouver très sensiblement écornée.

Alors, pour détendre l’atmosphère, je propose une proposition originale autant qu’irréalisable de sortie du conflit. Voici le second point que j’avais annoncé.

On pourrait prendre acte de l’impossible stabilisation de la Belgique, en l’état, et s’orienter vers un Etat évolutif. Je m’explique. Le nouveau modèle d’Etat serait basé sur le modèle informatique de l’open-source. Un modèle de base serait proposé, que chacun pourrait proposer d’amender ou de modifier pour éviter les bugs et les dysfonctionnements. Le pays serait en proie à un mécanisme constant d’évolution et d’adaptation. Quand une version arriverait doucement à péremption, et que se profilerait progressivement un nouveau cadre, plus stable, on passerait d’une version à l’autre.

Concrètement, cela commencerait par prendre acte de l’invalidité de la Belgique 1. 0. Une convention, telle que celle en projet, réunissant tous les acteurs, fonderait les assises de l’Etat Belgique 2. 0. Elle pourrait lui donner un nom de code et en changer les attributs symboliques (le drapeau, l’hymne, etc.) et soumettre le projet à un référendum national, peu importe la proportion de flamands et de wallons, le projet devrait emporter 60 % d’adhésion par exemple. Les prérogatives régaliennes de l’Etat (l’ordre, la sécurité et la justice publiques) seraient maintenues dans ce carcan de base. Fi donc de la multiplication institutionnelle et du dédoublement improductif entre cabinets et administrations.

Ensuite, sur ces bases minimalistes, l’Etat nouveau ne fonctionnerait plus sur la base de modèle de partis, modèle sclérosé s’il en est. Il fonctionnerait par projets. Tout groupe de citoyens pourrait soumettre au débat public un projet ponctuel, limité dans le temps ou pourvu de clauses de sortie. Un pourcentage fixe de tout revenu, mobilier, immobilier, dans le chef de personnes physiques ou morales, serait systématiquement prélevé à un seuil raisonnable. On obtiendrait là une formidable manne financière.

Ce serait aux projets les plus méritants de figurer parmi ceux retenus par les citoyens, pour un temps limité ou avec la possibilité de retirer son soutien, sous condition (par exemple, non-respect du projet de départ). On pourrait imaginer de soumettre au vote national les différents projets ponctuels, tous les x temps. Seraient ainsi retenus les projets les plus soutenus par la population, dans les limites de la manne budgétaire, à l’exclusion des autres. En revanche, si en cours d’exécution, le projet perdait une partie substantielle de ses soutiens, à définir préalablement, il serait soumis à concurrence avec d’autres projets, au risque de n’être plus maintenu à l’ordre du jour (efficace si un projet ne correspond pas, dans son exécution, à ce qui était annoncé).

Les projets devraient bien sûr définir des responsabilités, des postes, un budget, un but clair, ainsi qu’une série de paramètres à établir. On retrouverait probablement parmi les différents projets des incontournables – l’enseignement, un revenu minimum, des soins médicaux, etc. Même ceux-ci seraient susceptibles d’être radicalement modifiés dans leur manière de fonctionner s’ils n’offrent pas satisfaction. D’autres projets, comme par exemple une télévision publique, une infrastructure sportive nationale ou le transport en commun, etc., dépendraient des choix effectués lors du vote par les citoyens, en fonction de la qualité des projets ou de leur exécution passée.

Bien sûr, ce modèle serait transposable à d’autres niveaux de pouvoir, par exemple des Régions ou des communes. On pourrait imaginer – qui sait? – un seuil d’abstention tellement significatif qu’il révèlerait un manque d’intérêt manifeste pour ce niveau de pouvoir, justifiant sa disparition. Si, dans ce cadre, des projets proposés par une Province ne retenaient l’attention de personne, on pourrait envisager sa suppression. Evidemment, il faudrait prendre garde à ce que les projets de différents niveaux ne fassent pas double emploi… Sans pour autant répartir les compétences dans un texte, on a déjà donné. Non, il faudrait qu’un projet de même nature mené à deux niveaux différents conduisent, par exemple, à ce que l’un soit écarté au profit de l’autre. Cela supposerait une coïncidence des élections de projets, le plus populaire éclipsant l’autre, l’autre pouvant remplacer le lauréat si celui-ci ne tenait pas ses promesses et était destitué.

Cette forme d’Etat, basée sur les projets citoyens et pas sur les personnes, limiterait peut-être et, à mon avis dans un premier temps (la dérive monotoniste ou le poids des habitudes exercent toujours et inévitablement un effet néfaste), le poids excessif des systèmes partisans. Elle favoriserait la création d’un terreau associatif et stimulant, propice à l’audace et à l’innovation. Elle rendrait la démocratie moins « personnifiée ». Elle ne serait certainement pas infaillible – quel système l’est? – par exemple en ce que des changements de politiques sont nécessairement coûteux, mais aurait le mérite du dynamisme et de l’exclusivité mondiale.

J’attends vivement toutes les réactions sur cette idée qui me trotte en tête depuis longtemps et que je viens de tenter de formaliser un peu!

5 réflexions sur « Temps des suggestions – Belgique 2. 0. »

  1. Si l’idée me semble intéressante, il n’en reste pas moins qu’elle se base sur un concept de démocratie participative. Et là, cher cousin, je crois que vous êtes très optimiste sur la participation des belges dans leur vie politique.

    Je ne sais pas si tu as lu le texte de Thomas Gunzig dans la semaine infernale où il écrit les belges comme un peuple qui râle beaucoup, mais avec un caractère finalement assez facile. Pour une fois, je suis bien d’accord avec sa vision des choses.

    Si on attend de chacun d’entre nous qu’il propose des projets, je ne suis pas sûre qu’il y ait beaucoup de succès, parce que mettre en route une loi ou un décret nécessite à la fois beaucoup de connaissance, mais aussi beaucoup de temps. Je crois que t’es mieux placé que moi pour te rendre compte que c’est un vrai métier. Malheureusement, nous avons besoin de politiciens professionnels.

    Sans compter le fait que si ton projet met effectivement au placard la particratie et ses dérives, le pouvoir reviendra alors à ceux qui communiqueront le mieux. Or communiquer aussi est un métier à part entière et nous savons tous les deux que ce ne sont pas ceux qui communiquent le plus qui ont les meilleures idées…

    Cela dit, je suppose qu’il est possible de trouver une solution à ces problèmes…

  2. Merci, chère cousine, pour ce commentaire circonstancié qui me fait plaisir à lire. Je reconnais et, au-delà, j’entérine les limites auxquelles mon « brillant » exercice de style se heurterait, dans les plus brèves échéances, s’il venait à être transposé à la réalité. Innombrables sont les politiques obligatoires, en vertu de l’appartenance de la Belgique à l’UE, l’Onu, l’OMC, etc. Il serait impossible de s’affranchir de ce contexte. En outre, en effet, je ne suis pas certain des résultats auxuqels déboucherait un tel système… Qui sait? Nous aurions peut-être 5 hopitaux de plus sur Liège centre, l’effectif de la police aurait triplé, mais nous aurions encore moins de politique communale environnementale ou culturelle… Si c’est possible 🙂

  3. Du haut de mes 25 ans (ben oui), je me rends compte petit à petit que la complexité de notre petit pays et ses arcanes administratives n’ont pas été créés pour le plaisir des uns ou des autres, mais répondent à des attentes parfois diamétralement opposées des divers groupes politiques ou autres. La particratie n’est finalement qu’une reponse à la répartition des compétences à différents niveaux de pouvoir… Même si tout ça n’a rien d’officiel.

    Nice try anyway!

  4. Suis-je sot? Mon papy me rappelle à très juste titre que derrière mon idée de « versions » différentes et évolutives d’un Etat se cache… La réalité d’un processus historique auquel n’échappe aucun Etat! Seule la moins grande capacité de systématisation belge rend cette évolution historique moins sensible. Il n’en va pas de même en France:

    – 1ère République

    – 1er Empire

    – Louis XVIII et Charles X

    – Royaume constitutionnel

    – 2ème République

    – 2ème Empire

    – 3ème République, puis 4ème, 5ème

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