Les difficultés de l’Orange bleue…

… Et pourquoi elles risquent de se révéler insurmontables.

A bien y réfléchir, deux arguments me laissent penser que la Belgique se dirige vers une impasse et donc vers une crise. Le premier, j’en ai déjà fait état sur ce blog, c’est que la complexité institutionnelle du pays et son architecture politique en font une entité impossible à diriger. 7 parlements pour une population inférieure à celle de la ville de Shangai… Sans compter les élections à répétition que cela suppose (certains partis de l’orange bleue, voire tous, se profilent à l’horizon des régionales 2009).

Le second, il est numérique. Je n’y avais pas réfléchi et, une fois n’est pas coutume, c’est André Flahaut qui m’en a fait prendre conscience dans une interview qu’il livre au webzine Le Pan.

« Reynders a parlé très vite de l’Orange-bleue, mais elle ne représente que 80 sièges sur 150 à la Chambre ! Diriger un pays avec si peu, face à une opposition bien organisée, il y a déjà intérêt à ce que personne ne soit malade. Ensuite, vous avez, sur 80, déjà 5 nationalistes (N-VA), plus 2 FDF qui n’auront peut-être pas envie de voter n’importe quoi (…) Ca veut dire qu’au mieux, on se retrouve à 76 sur 150. Gouverner un pays en telles difficultés budgétaire et communautaire avec autant de nationalistes, c’est du suicide pour ceux qui sont dedans. Et pour les autres, c’est du pain bénit« .

Au fond, c’est très vrai que chaque partenaire de la future coalition, en ce compris les entités séparatistes ou intransigeantes rattachées aux partis traditionnels, disposent d’une sorte de droit de veto. D’où la quasi-impossibilité de trouver des consensus; aucun parti ne peut se retrancher derrière son impuissance numérique pour avaliser tacitement une décision qu’il n’est pas censé cautionner. Ajoutons la difficulté politique de faire revenir le PS à la table des discussions, avec le poids conséquent qu’il représente.

Je vois deux solutions envisageables. Soit le groupe Ecolo-Groen est invité à la table pour la constitution d’une majorité coalisée un peu plus solide et un gouvernement jamaïquain peut être formé. Mais, le cas échéant, ces derniers arrivent dans les négociations dans une position très confortable et avec une conscience aigüe de l’impériosité de leur soutien. Qui sera donc extrêmement conditionné. Cette option serait une aubaine environnementale, vraisemblablement. A supposer qu’une sortie de crise soit possible sur le communautaire et l’institutionnel, Ecolo n’étant pas plus à vendre que le cdH sur ce thème (je rappelle que tout à un prix pour le MR).

L’alternative est la crise. Peut-être salutaire, et avec une réflexion de fond sur l’avenir du pays, l’attente des citoyens, sur une refonte totale de notre modèle fédéral déficient. Une remise à plat totale d’un modus vivendi entre deux communautés au sein d’un même pays, orientée vers le fonctionnement des institutions sur des bases claires et assainies. En bref, une réflexion dégagée des enjeux politiciens contingents, sans « vainqueurs » et sans « perdants », pourrait résulter d’une crise profonde du système. Et pourquoi pas?

0 réflexion sur « Les difficultés de l’Orange bleue… »

  1. Avant dernier paragraphe repris en choeur par toute la presse ce matin suite aux contacts de Javaux avec Van Rompuy 🙂

    Je suis sûr qu’il y a moyen, meme si ca fera chier les flamands qui le vivront comme une concession si ca doit se faire…

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