Le contre édito (n° 1)

« Il y a de saines colères ».

Pour cette semaine du 18 au 24 mai 2007, l’édito du Vif/L’Express est consacré au procès des responsables inculpés dans le cadre du meurtre des paras belges, en 1994, à Kigali. Ces décès ont provoqué de grandes souffrances auprès des familles des victimes et la presse a abondamment relayé l’émotion qui se dégageait des témoignages des veuves de ces paras.

Que le problème abordé soit important, je ne le nie pas. Qu’il soit prioritaire, j’en doute. Qu’il trouve sa place dans un édito, mon bon sens me crie le contraire. Après, excusez-moi du peu. Mme Klein y va de sa traditionnelle comparaison avec Ségolène Royal – les femmes dans une « saine colère », « révoltées », grotesque et déplacée. Que je sache, François Hollande n’a pas encore subi le sort des militaires dont nous parlons.

Ressasser inlassablement la mort de ces dix paras n’est pas non plus, me semble-t-il, un service à rendre à ces veuves. Le problème, treize ans après, ce sont les erreurs de procédure ou les inerties qui peuvent peser sur ce dossier. Au-delà, il s’agit de la mort, certes tragiques, de dix militaires d’une unité d’élite décédés lors d’une mission à risque. Point.

C’est tout simplement scandaleux d’évoquer « une des pages les plus noires de notre histoire et de celle du peuple rwandais ». Mme Klein a-t-elle fait le compte des victimes rwandaises? Ces innombrables personnes génocidées à l’arme blanche, si elles pouvaient s’exprimer, se formaliseraient-elles de la mort de … dix paras? C’est un manque total d’humilité et de mise en balance dont fait preuve cet édito.

En dernier lieu, venir parler de « politiquement incorrectes » ou « d’irrévérencieuces » au sujet des veuves de ces paras, c’est aussi se tromper de champ lexical. Ces dernières, en effet, mènent un combat admirable, qui vaut très probablement la peine d’être relayé, et bien plus ouvert sur la société rwandaise et les victimes du génocide. Leur exigence de justice est saine et doit être soutenue. Elles expriment leur souffrances lors de procès qui – jusqu’à preuve du contraire – ont bel et bien lieu, et quoi de plus normal?

Décidément, cette « saine colère » digne, selon Mme Klein, de Ségolène Royal, est tout à fait légitime et s’inscrit dans un cycle procédurier complexe. Pas de quoi crier au grand barnum citoyen ou au politiquement incorrect. Le vrai politiquement incorrect, c’est ce qui se trouve aux antipodes de ses éditoriaux, c’est poser des bonnes questions et y apporter une réflexion tangible.

En attendant les idées probablement dévouées à la justice sociale dont Mme Klein voudra peut-être bien nous faire part, dès vendredi, à propos des chiens dangereux qui causent des pauvres victimes innocentes…

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