Débat à la Une

J’ai eu, mercredi dernier, le privilèg-issime d’assister à l’émission « praïme » de la 1 (RTBF), intitulée « Débat à la Une ». Le thème de la soirée tenait dans la question « mais que font les Wallons? » ; le but du jeu, avouable (!) et avoué (?) était d’aller plus loin qu’un « Rien! » laconique. Modalités: plusieurs panels d’intervenant avaint été réunis – artistes, entrepreneurs, patrons et syndicalistes, Ministre-Président (ce dernier occupant un créneau d’intervention à lui seul) et, enfin, politiciens wallons. Les différents groupes étaient interrogés les uns après les autres sur l’existence d’un sentiment d’appartenance à notre belle Région, sur la capacité de celle-ci à « se vendre » et à renouer avec un dynamisme fort.

Plusieurs invités ont été proprement remarquables. Ainsi d’Olivier Gourmet, notre bien connue Palme d’Or, qui arrive au MAMAC, tout bronzé, chewing-gum et sourire bright et qui exprime remarquablement des idées profondément pertinentes. Ainsi également de Jacques Thys, Professeur à l’UCL et invité d’honneur, dont les opinions, en dépit de ses airs de triste sire de prime abord, étaient souvent judicieuses et fermement énoncées.

Sur les bancs politiques, néanmoins, l’enthousiasme est nettement moindre. Notre Ministre-Président a été scandaleux sur tout le long de son intervention. Interrogé tour à tour par une dizaine de citoyens (cons-citoyens pour certains d’entre eux), il formulait des réponses stéréotypées, adaptant son registre émotionnel à la personne à qui il s’adressait. Rétorquant à un jeune dont la question comprenait les termes « népotisme », « clientélisme », notre Ministre-Président avale son noeud-pap de travers et s’indigne. Détournant la question qui lui étaient posée, il s’en va de sa tirade sur le sens donné à « clientélisme ». Si le clientélisme, c’est recevoir les gens, écouter leur problèmes – il a vu des jeunes pleurer!, pauvres et sans travail – alors il le revendique. A l’inverse, il s’émeut sur le sort de cette pauvre artisane qui a beaucoup de problèmes et qui vient de s’effondrer en larme, il la réconforte, la cajole, lui fait des promesses.
Que propose Di Rupo? Rien. Stimuler l’économie, renouer avec le dynamisme, créer de l’emploi. Mais hors de question de toucher à la sécurité sociale, qu’il faut renforcer, ainsi que tout le système social. Il voit rouge lorsqu’on lui parle d’assistanat, lorsqu’on lui avance l’argument que le travail « coûte trop cher », qu’il est très peu attractif au regard de tous les avantages sociaux qui peuvent découler du « non-travail ». Soit. Il veut bien faire de l’écologie, c’est bien l’écologie, mais en aucun cas il n’entend diminuer le confort de ses citoyens, ni réprimer les comportements fortement polluants. Il appelle cela l »écologie sociale », autrement dit une écologie de bout de ficelle, subsidiaire, qui stimule et encourage, c’est-à-dire soit budgétairement limitée soit destinée à rester un voeu pieu. M. Di Rupo entend promouvoir la formation également, mais à nouveau, tous les moyens – considérables – débloqués sont destinés à des formation de promotion sociale et au FOREM. J’ai le sentiment que d’autres priorités sont sensiblement plus urgentes.

Notre Ministre-Président passe son temps à plaindre les pauvres Wallons et, plus grave, fustige les flamands, en faisant les nouveaux « ennemis » des travailleurs. Tous les indicateurs économiques, avance-t-il (avec tout le côté creux des chiffres que, par ailleurs, le Minisitre Marcourt reprendra également), sont favorables à la Wallonie; la comparaison avec la Flandre, systématiquement défavorable à celle-ci, est faite à chaque prise de parole. Il assène sans fard « sa » vérité: si la Wallonie va mal, c’est la faute aux grandes entreprises qui ont fermé dans les années 1980 et 1990, laissant sur le carreau des « dizaines et des dizaines de milliers » de pauvres travailleurs, mal-aimés, jetés comme des Kleenex usagés. Cela, M. Di Rupo l’a mis à tout le moins cinq ou six fois en évidence, alors que cette analyse est au fond très, très limitée.

Pour ce qui est des autres intervenants politiques, à savoir deux Ministres, un pour chaque groupe de la majorité (MM. Marcourt et Antoine), plus les deux chefs de groupe de l’opposition au Parlement wallon (MM. Kubla et Wesphael), le débat, bâclé en fin d’émission, est loin d’avoir tenu ses promesses. M. Marcourt et M. Antoine se sont entre-jetés des fleurs, saupoudrées de Contrat d’Avenir et de Plan Marshall. Ils ont tenu une analyse de la situation fortement chiffrées. Le fameux 7,4 % de croissance wallonne, opposé, une nouvelle fois (M. Di Rupo l’avait déjà souligné), au médiocre 7% flamand. Ces chiffres sont donnés sans perspective aucune, sans rendre compte du gouffre qui subsiste encore entre le PIB wallon et le PIB flamand. Les communes les plus riches des Belgique viennent certes de Région wallonne: stipule-t-on que ces communes sont, avec une belle unité, les communes germanophones?

M. Wesphael, dans son style propre, a répondu aux chiffres par des chiffres, se lançant dans un réquisitoire dont il a le secret, mais finalement quelque peu creux sur le fond. Certes, le constat que certaines choses vont mal émerge, chiffres à l’appui. D’autres auront fait la preuve, chiffres en main, que certaines choses vont bien. J’ajoute que sur trois points qu’il développe, l’enjeu environnemental est bon dernier et n’intervient – oserais-je le dire? – qu’à titre subsidiaire. Regrettable. J’identifie mal la pertinence du débat à ce stade. M. Kubla est finalement le seul à avoir prononcé un discours de fond, selon lequel une cure d’opposition pou
r le PS serait certainement bénéfique pour la Région wallonne et… pour le PS lui-même qui pourrait alors se recentrer sur lui-même et ses enjeux fondateurs, dont il se serait quelque peu éloigné, l’usure du pouvoir aidant. Bref, un appel renouvelé à la coalition CDH-MR-ECOLO.

Mettre en oeuvre le principe d’alternance, tel que l’a suggéré M. Kubla, n’est pas sans me séduire, quoiqu’il y ait là une marge que ne veulent visiblement franchir ni le CDH, en tous cas, ECOLO, sûrement… Et rien n’est moins sûr que la sincérité de cette main tendue par le MR! Quand bien même, une fois la coalition (comment devrait-on l’appeler? Couleur dégeuli – orange, vert et bleu?) ainsi appelée des voeux de M. Kubla en place, quel en serait le programme? Quelles en seraient les cohésions programmatiques et pour quelle action concrète?

En conclusion, voici une émission intéressante qui a le mérite de parler de choses dont M. Tout le monde n’a pas nécessairement connaissance. Qui sont les Wallons et quelle sont les réalités que recouvre cette appartenance? Néanmoins, le débat montrait souvent ses limites, d’abord pour des contraintes propres à l’audiovisuel (temps de parole segmentés, pas de droit de réponse et a fortiori pas de débat), ensuite pour des raisons de fond. A cinquante jours des élections fédérales, je vois mal l’opportunité de faire une émission 100% Wallonne… Qui fait suite à une émission 100% flamande et qui précède une émission 100% bruxelloise. Cette segmentation ne peut pas fonder un débat serein, pas plus que ne le peut une confrontation face-à-face entre M. Leterme et M. Di Rupo organisée par RTL-TVI.

Le débat politique brille aujourd’hui, en Wallonie, à la veille de la campagne, par son absence. Que vois-je dans la presse? Kubla propose des coalitions, se ramasse une volée de bois vert… et orange; Javaux en appelle à une « Union nationale pour le climat », il prend des coups bleu… et orange; Milquet suggère de limiter drastiquement le nombre d’article de la Constitution soumis à révision pour la prochaine législature, partant du principe que placer le Parlement en assemblée consituante de manière systématique n’est pas sain… bois vert et coups bleu, rien ne lui sera épargné. Qui brille par son silence? Le PS, qui reste tapi dans son coin et laisse passivement les autres partis, dont chacun a lancé une proposition sensée, se tirer dans les pates les uns les autres!

Quoique sensées pourtant, aucune de ces trois propositions ne propose un changement politique de fond, c’est-à-dire ne propose une vision politique ou un projet pour la société. Tout au plus s’agit-il de mesures de sauvegarde ou de bon sens. Il est urgent de relancer un débat politique sérieux en Belgique et de soumettre à l’électeur différentes voies et différents projets de société.

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