Parodie de démocratie

Je voudrais avoir l’avis éclairé d’un expert en communication, qui m’expliquerait en quoi des discussions importantes se tenant pendant plus de dix-huit heures d’affilées continuent d’être constructives. Il me semble indispensable de revenir brièvement sur les politiques dictatoriales du Parti Socialiste, qui est en train de restreindre, les unes après les autres, les libertés citoyennes, au motif qu’elles risquent de susciter une opposition trop vive, et qui procède à ce qu’on appelle un fameux « nivellement par le bas ».

L’exemple est tout trouvé avec la genèse particulièrement grotesque du décret enseignement dernier en date, sorti tout droit du cabinet Arena, j’ai nommé le « décret inscriptions ». Son auteur, Ministre-Présidente de la Communauté française n’est – n’en déplaise à son beau-frère – qu’une « parvenue » parmi les « parvenus » du PS, et exemplaire qui plus est.

Les experts du cabinet, pour compétents et honnêtes qu’ils puissent être, ce dont je ne sais rien, planchent donc sur un décret inscriptions. Celui-ci rédigé, ils mettent au point, probablement en accord avec les hautes instances du Parti, une stratégie de « faire passer la pilule ». Les sujets sont sensibles; l’enseignement de qualité, de plus en plus hors de portée; les élèves, de plus en plus en décrochage. A vrai dire, c’est particulièrement vrai depuis que des Ministres socialistes se succèdent à l’enseignement, et plus précisément depuis la fin des années ’80 – début ’90.

Un décret qui ne devait pas manquer de susciter des levées de boucliers, qu’on entend anticiper, au prétexte d’avoir « consulté les acteurs de terrain ». Alors, stratégie insidieuse et pourtant tellement grossière: on fait passer une « radioscopie » de la qualité de l’enseignement (médiocre, toutes les enquêtes internationales le confirmeront) basée sur une méthodologie proprement scandaleuse.

Sur ce fameux « test de lecture », je peux épiloguer longtemps, parce que je connais bien le sujet, mais je peux dire brièvement, en gros, que les questionnaires étaient distribués bien avant l’épreuve (il y a eu des fuites), que les élèves n’avaient pas spécialement vu les compétences requises d’eux par le programme à ce moment-là de l’année(en fonction du calendrier établi par les établissements), que les corrections, faites par les enseignants des écoles eux-mêmes (partialité) étaient proprement ingérables (un manuel de correction de 50 pages !!! devait être respecté), que beaucoup d’enseignants peu convaincus n’ont pas joué le jeu, et donc vraisemblablement autant d’élèves, etc.

Bref, résultat de ce test complètement baroque: on scande dans la presse « l’enseignement est inégalitaire ». Je dis bravo. BRAVO! B. R. A. V. O.!!! Bien vu, l’aveugle! L’enseignement est inégalitaire depuis qu’on a crée des filières différentes, que les filières professionnelle et technique s’en sont trouvées dévalorisées, et que le budget de l’enseignement est rogné petit à petit, mesure après mesure, réforme après réforme. Faire toujours plus avec toujours moins, et sous un contrôle toujours plus fort. Voilà ce qu’on attend des instituts aujourd’hui. Dans ces conditions, seuls les établissements aisés, fréquentés par des publics qui ont les moyens de soutenir un enseignement de qualité (frais scolaires importants, voyages, activités d’ouverture, etc.), peuvent proposer un tel enseignement.

Manque de chance, cette parodie de test, pour en revenir à lui, n’a pas eu le résultat escompté et il a été beaucoup critiqué, certes plus d’ailleurs pour son contenu que pour la manière dont il a été administré. Toujours est-il qu’il a permis à Arena, qui est dépourvue du moindre sens politique, de sortir son décret magique de son chapeau, comme par hasard. « Ha tiens, l’enseignement est inégalitaire! Comme c’est intéressant, j’ai justement là un décret… ». Quelle blague. Re-pas de chance, le décret suscite lui aussi des levées de bouclier.

D’où ces discussions interminables, notamment sur le plateau de Mise au point et au Parlement CF, qui n’ont ni queue ni-tête. Je trouve ce décret profondément stupide et à côté de la plaque, par exemple parce que je ne vois pas bien en quoi boulonner un élève à un établissement scolaire participe de l’égalité des chances. Certains ne visent pas toujours juste et doivent être réorientés. Ce qui ne devrait pas vouloir dire: « être mis sur une voie de garage ». Certains sont plus manuels et concrets qu’intellectuels et abstraits, mais notre système d’enseignement ne permet pas à chacun de trouver sa place.

Le plus remarquable, dans ces discussions, c’est la fermeture d’esprit dont fais preuve cette Ministre qui prétend se mettre à l’écoute et consulter. Notons qu’elle a cependant écouté son partenaire de la majorité qui a vidé le décret de son sens en multipliant les exceptions à la règle de l’inamovibilité de l’élève, notamment au premier degré du secondaire, à tel point qu’elles trouvent à s’appliquer dans tous les cas. Exemple: une exception prévoyait que le changement était possible en cas de danger psychologique ou pédagogique. Le cdH a fait remplacer « danger » par « difficulté ». Difficulté pédagogique, cela peut recouvrir n’importe quelle situation. Dès lors, quel est l’intérêt d’adopter un décret si creux sur le fond?

Que Mme Arena reste sourde à l’opposition, très fermement opposée à ce décret et qui avance énormément d’arguments en ce sens, je trouve déjà cela dommageable, bien que je reconnaisse qu’il puisse s’agir là du jeu démocratique normal. En revanche, qu’elle balaye d’un revers de la main l’avis des professeurs, de 25000 citoyens ainsi que d’un comité de directeurs de l’enseignement, cela me pose problème. Tout argument allant à l’encontre de son décret est entendu (et encore!) mais n’est certainement pas écouté. Et ce n’est pas les dix-huit heures (!) de discussion parlementaire qui y auront changé quelque chose, dans la mesure où le résultat est de ne pas bouger d’un iota et de camper sur ses décisions.

En conclusion, on assiste là une belle parodie de démocratie, à l’avènement de la particrature du PS et à l’étroitesse d’esprit, une fois de plus, d’Arena. Déplorable.

Le débat, très virulent contre le décret, sur le site de lalibre.be
L’avis des enseignants
Article de journal

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