Meurtre de Joe


Je lis la presse ce lundi soir et je suis troublé. Très ému. J’apprend que 80.000 belges, chiffre unanimement avancé, se sont réunis hier à la mémoire de Joe, tué gare centrale, dit-on, pour son lecteur MP3.

Je dois concéder que, dès le meurtre en question pourtant, ce fait divers avait tout pour me déplaire. Soyons clairs: ce qui est arrivé à ce jeune homme est tragique. Cependant, je restais perplexe face au déchaînement médiatique que suscitait ce meurtre.

Des affaires comme celle-là, il doit s’en produire plusieurs par an et, si elle n’ont pas toutes les mêmes conséquences, elles ne sont pas autant médiatisées, loin s’en faut. Et c’est heureux. L’extrapolation de cette affaire dans la presse prenait des proportions tout à fait démesurées, et cela je continue de le penser.

D’une part, une telle tempête renforce le sentiment d’insécurité que peut ressentir le citoyen lambda, et probablement, par amalgame douteux, son sentiment de racisme latent. D’autre part, pour injuste et « gratuit » qu’il soit, je l’ai déjà mentionné, ce meurtre n’est pas un cas unique et je ne voudrais pas être à la place de parents qui ont perdu leur progéniture dans de semblables circonstances. Sentir que je ne compte pour rien.

Et puis arrive cette marche, dont l’initiative revient aux parents de Joe, et dont je dois – à nouveau – concéder qu’elle m’a semblé, au début du moins, participer de cette démarche de sur-médiatisation. A ce stade, je dois directement signaler que l’idée de cette marche n’est arrivée, très rapidement, qu’en réaction à la récupération de l’affaire que se proposaient de faire des groupuscules d’extrême-droite, sur le slogan « Nos églises occupées, nos jeunes assassinés! Trop, c’est trop! Résistance identitaire ». Une heureuse iniative donc, en fin de compte.

Et en fait, je n’ai pu que ressentir une sincère émotion à la lectue des compte-rendus de la marche que livre la presse. 80.000 personnes aux couleurs bigarées, de toutes origines, de toutes nationalités. Et un message fort. Je me refuse à croire qu’une telle mobilisation ait pu être rendu possible sur base de la seule vindicte médiatique.

Je ne peux pas me résoudre à accepter qu’un nombre si considérable de personne se soit senti touché au point de faire le déplacement par un « simple fait divers ». Il y a forcément autre chose. Une protestation de fond. Un truc qui ne passe pas – ou plus – avec notre société. Une remise en cause sincère et spontanée d’un pan entier de notre système. En somme, l’expression d’un sentiment profond et très fort ressenti, qui ne peut pas se limiter à un insécuritarisme primaire, d’anecdote et de populisme comme peut en véhiculer, par exemple, le Vlaams Belang ou, sur le plan médiatique, La Meuse.

J’ai été touché, fort, aussi bien sur le fond de cette histoire, que sur sa forme. 80.000 protestants colorés, silencieux et respectueux, c’est suffisament rare que pour pouvoir être souligné. Et voilà que je me reprend à avoir plus que jamais foi en notre démocratie. Dans certains pays, on a brûlé des voitures pour moins que ça.

Une réflexion au sujet de « Meurtre de Joe »

  1. Môman

    marrant qu’il faille aller sur ton blog où je me promène « au p’tit bonheur la chance » pour me rendre compte que nous ressentons, comme bcp d’autres sûrement, le même sentiment de malaise puis finalement…d’espoir.

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *