Archives mensuelles : avril 2006

Calexico – Garden Ruin


Nouvel album pour Calexico en 2006. Au placard les mariachis, trompettes et autres sonorités mexicaines. Vive la folk-pop épurée! La dernière livrée en date de Calexico est tout bonnement impressionnante.

L’album fait la part belle aux mélodies épurées, aux tonalités dépouillées, et c’est tant mieux. Il s’ouvre sur le très aguichant « Cruel », dont le refrain s’imprime en une petite poignée de secondes au plus profond des cellules musicales du cerveau. On ne s’en plaint pas.

Après une piste plus calme arrive le joyau de l’album; « Bisbee Blues », ou l’histoire de la piste audio comme je les aime. Une mélodie simple(-issime) et pourtant si efficace. Plus d’artifices, d’effets grandiloquents; Calexico pénètre dans le vif du sujet pour mon plus vif plaisir. « Heaven is under construction »!

Le reste de l’album, bien que probablement un chouia trop convenu, me sied à merveille. Calexico y alterne les purs morceaux de folk à un ou l’autre rock bien balancés, avec pour apothéose la dernière piste dont le nom m’échappe momentanément.

En bref, un album qui paradoxalement ne prend que peu de risques – l’ensemble est convenu et les mélodies conventionnelles, et qui en même temps en prend beaucoup – Calexico rompt clairement avec les sonorités de ses précédentes productions, quitte à débarquer une bonne partie de ses fans de base en cours de chemin. Et, malgré tout, une originalité et un son pareil à nul autre; cette voix si atypique et ces arpèges si percutants et plaisants à l’écoute!

Calexico renaît, vive Calexico!

PS: détail notable, pour la première fois, le groupe livre avec son album une pochette regardable. Cela valait la peine d’être signalé!

Meurtre de Joe


Je lis la presse ce lundi soir et je suis troublé. Très ému. J’apprend que 80.000 belges, chiffre unanimement avancé, se sont réunis hier à la mémoire de Joe, tué gare centrale, dit-on, pour son lecteur MP3.

Je dois concéder que, dès le meurtre en question pourtant, ce fait divers avait tout pour me déplaire. Soyons clairs: ce qui est arrivé à ce jeune homme est tragique. Cependant, je restais perplexe face au déchaînement médiatique que suscitait ce meurtre.

Des affaires comme celle-là, il doit s’en produire plusieurs par an et, si elle n’ont pas toutes les mêmes conséquences, elles ne sont pas autant médiatisées, loin s’en faut. Et c’est heureux. L’extrapolation de cette affaire dans la presse prenait des proportions tout à fait démesurées, et cela je continue de le penser.

D’une part, une telle tempête renforce le sentiment d’insécurité que peut ressentir le citoyen lambda, et probablement, par amalgame douteux, son sentiment de racisme latent. D’autre part, pour injuste et « gratuit » qu’il soit, je l’ai déjà mentionné, ce meurtre n’est pas un cas unique et je ne voudrais pas être à la place de parents qui ont perdu leur progéniture dans de semblables circonstances. Sentir que je ne compte pour rien.

Et puis arrive cette marche, dont l’initiative revient aux parents de Joe, et dont je dois – à nouveau – concéder qu’elle m’a semblé, au début du moins, participer de cette démarche de sur-médiatisation. A ce stade, je dois directement signaler que l’idée de cette marche n’est arrivée, très rapidement, qu’en réaction à la récupération de l’affaire que se proposaient de faire des groupuscules d’extrême-droite, sur le slogan « Nos églises occupées, nos jeunes assassinés! Trop, c’est trop! Résistance identitaire ». Une heureuse iniative donc, en fin de compte.

Et en fait, je n’ai pu que ressentir une sincère émotion à la lectue des compte-rendus de la marche que livre la presse. 80.000 personnes aux couleurs bigarées, de toutes origines, de toutes nationalités. Et un message fort. Je me refuse à croire qu’une telle mobilisation ait pu être rendu possible sur base de la seule vindicte médiatique.

Je ne peux pas me résoudre à accepter qu’un nombre si considérable de personne se soit senti touché au point de faire le déplacement par un « simple fait divers ». Il y a forcément autre chose. Une protestation de fond. Un truc qui ne passe pas – ou plus – avec notre société. Une remise en cause sincère et spontanée d’un pan entier de notre système. En somme, l’expression d’un sentiment profond et très fort ressenti, qui ne peut pas se limiter à un insécuritarisme primaire, d’anecdote et de populisme comme peut en véhiculer, par exemple, le Vlaams Belang ou, sur le plan médiatique, La Meuse.

J’ai été touché, fort, aussi bien sur le fond de cette histoire, que sur sa forme. 80.000 protestants colorés, silencieux et respectueux, c’est suffisament rare que pour pouvoir être souligné. Et voilà que je me reprend à avoir plus que jamais foi en notre démocratie. Dans certains pays, on a brûlé des voitures pour moins que ça.

Graham Coxon – Love Travels at Illegal Speeds


Le bonhomme est de retour, et en force, croyez-moi. La chronique semble pourtant décidée à ignorer la carrière solo de Graham Coxon. Ses deux derniers albums déjà valaient largement le détour. Il est vrai que le jeune auteur en fait beaucoup – trop parfois, probablement, par désir de bien faire et d’être reconnu à un autre statut que celui de faire-valoir de l’autre.

Il revient dans les bacs en ce début 2006 avec l’excellent « Love Travels at Illegal Speeds ». Certains y voient une sorte de concept-album autour de la thématique de l’amour. Quant à moi, il me plait de n’y voir qu’un album de pop-rock drôlement bien ficelé.

Coxon, c’est d’abord un côté indubitablement maladroit, qui fait tout le charme du personnage. Mais c’est aussi, et surtout, un mélodiste hors-pair, capable de pondre des ritournelles qui se vissent dans le crâne à la vitesse de l’éclair. Du genre qu’il suffit d’entendre une fois le matin pour l’avoir en tête non-stop toute la semaine qui suit. J’adore.

On trouve beaucoup de choses sur cet album. Des hymnes pop-rock, un peu faciles je le concède, mais diablement efficaces. Ainsi les plages d’ouvertures, « Standing on my own again », « Don’t let your man know », etc. Dans ce registre, on appréciera tout particulièrement « You & I », au refrain savoureux. On retrouve également une ou deux ballades de rigueur judicieusement disséminées au long de l’album. Avec « Gimme some love », ton impératif oblige, Coxon se paye un bon vieux titre punk-rock digne de la grande époque de Greenday.

Loin de s’étioler sur la fin, l’album conserve le même punch et la même énergie jusqu’au bout. La palme revient probablement à l’excellente chanson « I don’t wanna go out », pour ses boucles complètement foireuses mais dont l’effet est extrêmement bien rendu. My god, ces « Yeah! » scandés avec la dernière candeur… J’adore!

Corbier

Samedi 8 avril au soir, Autour du Cirque ou – nouvellement – l’Espace Roture était the place to be. Vous savez, Ben est avant tout un prophète: on le devine à la taille des cheveux et à la barbe. Si je dis cela, c’est parce que s’il en est un qui avait annoncé l’évènement avec pertes et fracas depuis de temps immémoriaux, c’est bien lui.

Come back en octobre donc; Corbier, l’artiste célèbre, passe deux soirs de suite à l’Aquilone (près de la Passerelle). Public de mamies, ou de punk, les deux se cotoyant à merveilles, les unes venues par nostalgie, les autres par dérision – pas pour longtemps, on le verra. Et là, la magie opère très rapidement: Corbier fait rire, Corbier suscite des émotions, Corbier est très pro mais très simple, Corbier se met un public dans la poche avec autant de facilité qu’il le ferait d’un politicien (et pour pas beaucoup plus cher…)

Aujourd’hui, nouvel album, nouvelle actualité, Corbier semble faire son grand retour sur le devant de la scène. Cette fois, les apôtres de sa cause sont plus nombreux. Le message passe. L’Espace Roture est archi-comble. Passons sur les deux premières parties, qui n’ont pas eu l’heur de retenir outre mesure mon attention, et venons-en à l’essentiel.

Corbier boit son verre de rouge cul-sec et arrive sur scène. On lui souhaite alors tout le bonheur du monde, au regard des récents déboires scéniques qu’il a connu. Le moins qu’on puisse dire, c’est que ces souhaits seront rencontrés au-delà de nos espoirs les plus fous, et peut-être aussi des siens.

En effet, il ne faut pas une chanson pour que le public, visiblement remonté à bloc, reprenne en coeur les amusants refrains. Les blagues fonctionnent; la set-list est judicieusement équilibrée, amenant les nouvelles compositions petit à petit, histoire de ne pas désamorcer les fans de base (et il y en a, croyez-moi!). On a l’impression, je peux le garantir, d’assister à une tournée best-of, tellement chaque chanson prend bien auprès du public! J’invite d’ailleurs, avec une insistance répétée, tous les Saints Thomas incrédules à venir se faire leur propre opinion de visu.

Déjà le concert arrive à son terme; les vivas sont nombreux, le public enchanté. Corbier est désarmant de simplicité et de bonté, et son message, décidémment si atypique dans une société de surconsommation où tout va trop vite, n’en passe que mieux. Les rappels se suivent, le premier puis le second; le public en redemenderait probablement jusqu’au bout de la nuit, mais hélas, toutes les choses ont une fin, et surtout les meilleures.

Quel bon moment! « belette épouse-moi, je ferai ton bonheur! Tu regretteras pas ta vie avec tes soeurs! Nous aurons un logement, j’connais le député, il en a d’épatants de 600 mètres carrés! »


A suivre: une chronique de « Tout pour être heureux ».

Le site de François Corbier

Le petit Corbinou de Mars 2006
(publication mensuelle, gratuite et plus que très vivement recommandée – avec chansons inédites, humour, et surtout anecdotes people croustillantes)